Lundi 31 août – vendredi 4 septembre

L'incorpo n'a même pas débuté qu'elle commence bien : je vois la navette de 13h20 sensée me mener à l'heure à l'école polytechnique (13h30) partir juste sous mon nez, m'obligeant à attendre la suivante (avec quelques autres retardataires) qui nous dépose finalement à 14h30 à l'école, soit avec une heure de retard – ce qui ne me vaut qu'un commentaire sur mon nom, ceux qui le connaissent comprendront. Mais ce retard n'a eu (a priori) aucune conséquence, parce qu'on a passé toute l'après-midi à attendre. Surtout ma section : j'étais dans la quatrième section de la quatrième compagnie (en partie parce que mon nom est à la fin de l'ordre alphabétique, mais pas que). Rapide explication : la promo compte environ 400 élèves, auxquels se joignent une quarantaine d'élèves de première année de l'ENSIETA (une autre grande école militaire, l'antichambre de la DGA) qui effectuent le même stage militaire que nous lors de la première année (ou même plus : je crois que le leur se continue jusqu'en juin ou juillet, lorsque le notre s'arrête en avril) et partagent ainsi notre quotidien durant ces huit mois. Soit environ 440 « personnels » (terme souvent utilisé... pas mal pour désigner les filles aussi : le « personnel féminin »), répartis en 4 compagnies d'environ 110 membres chacune, puis chaque compagnie est divisée en 4 sections de 27 ou 28 membres. Ma section, la 44 (prononcez quatre-quatre ou quarante-quatre, suivant votre envie), est donc la dernière de la dernière compagnie, soit la dernière tout court. Soit celle qui passe en dernier pour beaucoup de choses, dont les services d'habillement. La première après-midi, on a attendu pour passer chez le coiffeur, puis pour percevoir la première forme d'uniforme que l'on a portée pendant toute la première semaine : le « survêt' de TOS[1]», un survêtement bleu de sport avec des chaussures de sport, plus trois t-shirts jaunes[2] (dits « T-shirt de TOS », selon toute logique) et quelques autres affaires, utiles ou non (mais surtout traditionnelles, genre deux slips TTA[3] ou des rasoirs diaboliques qui arrachent plus la peau que les poils). Le coiffeur fut un grand moment. Alors qu'on attendait devant les bâtiments, des 2008[4] passent devant nous en pourchassant avec une tondeuse électrique un (faux)[5] TOS pour le raser (c'est assez tradi[6]). En même temps, deux élèves de la radio du campus viennent me voir avec un micro pour me demander ce que j'en pense et à combien j'estime la durée de vie de mes propres cheveux. Okey okey. Là on est super en confiance. Voilà pour le commencement, vous commencez à imaginer l'esprit. Je ne connais personne qui ne se soit pas demandé, les premiers jours, s'il avait vraiment fait le bon choix en allant à l'X.

C'étaient quelques anecdotes (qui permettaient d'introduire des explications nécessaires), mais j'en aurais des milliards à raconter. Je vais donc arrêter, et surtout évoquer sur les impressions que cette semaine m'a laissées :

D'abord, tout semble très long – et très nouveau. Les deux vont souvent ensemble, bien que les longues attentes inhérentes aux procédures administratives et de perception de matériel qui caractérisent l'incorpo n'arrangent rien. On découvre énormément de choses, surtout la vie militaire : les ordres, à donner ou auxquels obéir, l'uniforme et ce qui va avec (surtout son respect, qui inclut son port correct, et le comportement adéquat – dont par exemple le salut[7]), l'OS[8], le chant, la TOSification[9], la vie en section et la « cohèz »[10] qui va avec, très forte au début. On est toujours, toujours pressé, on court tout le temps, on prend les repas en deux minutes entre un amphi et un créneau d'OS. Le temps libre dans la journée n'existe plus, les chefs de section se débrouillent pour que l'on soit toujours occupé. Le concept du « time less five »[11] n'arrange rien. Je dis en journée, ce qui sous-entend effectivement que l'on a du temps libre a en soirée, mais modérément : la nuit prennent place toutes les activités tradi de l'école. On dort au maximum 5h par nuit, plutôt 3h ou 4h au début. Et puis on fait beaucoup de sport. Sport pompes OS sport pompes course OS pompes sport OS. Chant. Voilà le quotidien. On est toujours complètement crevé.

Samedi 5 septembre

Journée de fun puisque l'on est lâché par les cadres militaires pour aller s'amuser, sous la surveillance ou l'animation, tout dépend, d'élèves 2008 ou 2007, dans Paris. Dans la quatrième compagnie, on est passé dans le quartier latin, notamment faire une barricade humaine rue de la montagne Sainte-Geneviève[12], et patauger dans la fontaine Saint-Michel. C'était très fun.

Dimanche 6 septembre

Départ pour La Courtine.

Notes

[1] TOS pour Très Obligé Successeur, un surnom donné par la promo précédente à la promo qui la suit ; signifie, en gros, bizut. Les TOS étant tous habillés lors de leur semaine d'incorpo de ce survêtement, jusqu'à ce qu'ils reçoivent leur treillis, le surnom "survêt' de TOS" vient tout seul.

[2] La couleur a son importance : les promos des années paires sont roujes, et celles des années impaires sont jônes. Les rivalités sont fortes. Chic à la jône !

[3] TTA pour Traité Toutes Armes, autrement dit qui est règlementaire pour toutes les armées. Quelque chose qui est TTA est réglementaire.

[4] L'on désigne ainsi les élèves de la promotion 2008, celle juste avant nous.

[5] c'était un 2008 aussi, déguisé avec un survêt' de TOS pour l'occasion

[6] Tradi, pour traditionnel, vous l'aurez deviné. Les traditions ont un rôle très important à l'X, surtout lors de l'incorpo.

[7] On doit saluer dans beaucoup d'occasions : les supérieurs, donc tout les autres militaires, le drapeau, les sections qui marchent au pas...

[8] OS pour Ordre Serré : tout ce qui est mouvement de la section lorsqu'elle est rassemblée et rangée. Tourner de concert à gauche, à droite, marcher au pas, etc.

[9] Ou bizutage...

[10] Cohèz pour cohésion ; exprime la solidarité plus ou moins poussée entre gens d'une même section, voire d'une même compagnie, voire d'une même promotion. Mais pas avec des roujes quand même.

[11] Arriver à chaque rendez-vous cinq minutes à l'avance (tout retard se paie très cher dans l'armée). Le concept se démultiplie vite avec la longueur de la chaîne hiérarchique : le colonel donne rendez-vous à 7h30, donc le lieutenant-colonel à 7h20, donc le capitaine (chef de compagnie) à 7h15, donc le lieutenant (chef de section) à 7h10, donc on arrive à 7h05. Et on attend jusqu'à 7h30 que le colonel arrive.

[12] Où se situait l'École Polytechnique jusqu'en 1975...