Chassez le naturel, il revient au galop
Par Allam le lundi 22 mars 2010, 00:19 - Bric à brac - Lien permanent
Il y a des jours où toutes les certitudes que vous avez sur la vie peuvent se trouver soudainement bouleversées comme une digue cède brusquement à l'assaut des vagues et des marées (comme en Charente) : vous pensiez être un adulte et fréquenter des gens tout aussi matures que vous. Hé bien non, les dérives abracadabrantesques des intrigues de séries B sont toujours à l'affût, prêtes à s'inviter à la moindre occasion là où on ne les attend pas, comme pour prouver que des péripéties ridicules, ça n'arrive pas que dans la fiction. Ce qui va suivre est fortement inspiré d'une histoire vraie - enfin, pire que vraie, vécue.
Nous avons quatre protagonistes, que je nommerai Alice, Bob, Charlie et Denis, dans un double souci d'anonymat et de simplicité. Tous les quatre sont, disons, relativement bons amis. Un jour, Bob et Charlie se disent : Hey, on s'ennuie, si on se faisait un resto ! Puis, la suite logique : Hey, si on invitait des gens avec nous ! Sachant que Bob n'apprécie pas toujours Alice, Charlie ne propose pas d'inviter cette dernière. Bob s'en fichait en fait complètement, mais comme cela lui convenait, il ne propose pas non plus de l'inviter, imaginant par ailleurs de son côté - tout aussi faussement - que sa présence pourrait méconvenir à Charlie. Ils vont donc se faire un super resto avec Denis et en sont bien contents. Lors de ce repas, au fil de la conversation, ils évoquent l'absence d'Alice, et Denis, qui n'avait jusque là pas remarqué qu'elle n'avait pas été invitée *exprès* (enfin - exprès par malentendu entre Bob et Charlie, certes, mais en relative connaissance de cause tout de même), comprend - toujours faussement, et s'imaginant des relations troubles entre Alice et Charlie, alors que les relations les plus tendues sont plutôt entre Alice et Bob - que le principal responsable dans la non invitation d'Alice est Charlie.
Voilà, le décors est planté, nous avons là deux ou trois malentendus enchaînés, et vous pouvez imaginer les problèmes qui peuvent en naître.
Le lendemain, en parlant avec Alice de la relation qu'elle entretient avec Charlie, Denis laisse échapper - un peu dans l'espoir de mieux connaître l'exacte nature de ladite relation (qu'il essaie de situer entre amitié cordiale et amour trouble) - qu'il semblait avoir compris - tout en se demandant si c'était vraiment le cas - que Charlie ne voulait pas d'elle au resto. Le drame commence : Alice se sent trahie par Charlie, lui téléphone pour lui demander ce que c'est que ce délire, ce dernier la renvoie vers Bob en lui assurant en substance que c'était plutôt lui qui n'avait pas voulu d'elle au resto ; Bob la renvoie vers Denis en déclarant qu'il disait n'importe quoi ; enfin Denis lui dit qu'il ne comprend plus rien, prévoyant la catastrophe arriver et ne voulant pas accuser faussement l'un de ses deux amis. Alice passe la soirée à déprimer et à téléphoner à Charlie et Bob pour essayer de comprendre ce qu'il s'est passé, en accentuant sur la question de principe - un peu ridicule au fond : lequel des deux ne voulait pas d'elle ? Aucun des deux ne se sent responsable, plus ou moins à raison, et par ailleurs chacun des deux, jugeant d'une part l'affaire ridicule et pensant d'autre part que c'était plutôt le fait de l'autre, essaie de le protéger en restant évasif, et de fait en se créant chacun une espèce de fausse part de responsabilité. Leur priorité est plutôt de rassurer Alice et de minimiser l'affaire (enfin, de leur point de vue, de lui rendre sa véritable dimension !) en évitant d'envenimer plus que nécessaire leurs relations avec elle. Cette dernière, cherchant mordicus la vérité, s'en trouve d'autant plus marrie et remue ciel et terre pour la trouver, ciel et terre étant ici essentiellement Bob et Charlie.
Le lendemain, Denis, ne voulant plus trop s'impliquer mais voyant que cette affaire ne s'arrange pas, essaie de contacter Bob et Charlie pour comprendre le problème. Pendant ce temps, Bob, fatigué d'être harcelé par Alice qui tient à lui faire dire que c'est lui qui ne voulait pas d'elle, et considérant que finalement, il s'en foutait de ce qu'elle pouvait penser de lui, lui balance plus ou moins ce qu'elle veut entendre en déclarant que tout était de sa faute, son but initial étant surtout d'éviter plus de troubles entre Alice et ses deux comparses. Après une première réponse de celle-ci à son message, il en a tellement marre de se prendre le chou pour un truc aussi débile qu'il s'apprête à enfoncer le clou en ajoutant quelques paroles bien senties à l'encontre d'Alice. Là dessus, Denis arrive enfin à le joindre, et commençant à comprendre ce qu'il s'est passé et les malentendus qui se sont créés ou révélés plus ou moins par sa faute, lui demande de ne pas jeter d'huile sur le feu et s'en va calmer le jeu en essayant d'expliquer à Alice la source du problème et la réelle interprétation à donner au message de Bob (qui relève donc plus du sacrifice je-m'en-foutiste que de l'auto-accusation repentante). Qu'elle comprend plus ou moins, enfin au moins consent-elle à s'excuser auprès de Bob. L'affaire semble relativement terminée, quoique tous les protagonistes n'ont peut-être pas retenu la version que je vous donne ici, ce qui peut laisser présager des résurgences à l'avenir... mais à priori c'est fini.
Et je vous assure que quand vous sortez d'un truc aussi stupide, vous avez un peu marre des gens.
Commentaires
Grande devise de l'Élite : "les gens sont cons".
Je sais, tout ceci est diablement nuancé et, ma foi, fait fort bien avancer le schmilblik. "Mais enfin, voilà quoi."
Plus sérieusement, même si je ne me suis pas retrouvée prise dans ce genre de situation récemment (et ça m'est suffisamment arrivé pour que j'en garde un goût amer), je me rends compte que je suis entourée par des gens qui vivent ce genre de petites intrigues. Donc rien à voir avec le fait d'être adulte ou non, désolée de te l'apprendre, mais ça risque d'arriver toute ta vie (si ce n'est à toi, à ton frère). Il n'y a qu'à regarder un seul épisode d'Amour, Gloire et Beauté pour se rendre compte que les protagonistes ne sont pas si jeunes.
J'avoue que depuis un bon moment (qui coïncide avec ma cessation d'activité sur PI bizarrement, mais pas seulement) j'ai pris pas mal de recul sur ce genre de choses. Je crois que ma grosse prise de conscience, je l'ai prise au moment de l'affaire Horus (celle qui me concernait personnellement, et non celle qui concernait les pseudo prises de pouvoir -de quelle nature, ce pouvoir, je me le demande encore- sur le site). Je pense que je suis beaucoup plus blasée en ce qui concerne la psychologie des gens et en gros, j'en distingue deux catégories : ceux qui ont de gros problèmes, et ceux qui ont des problèmes comme tout le monde. De la première catégorie j'en fais deux autres : ceux que je peut aider sans m'intoxiquer et ceux pour qui je ne peux rien et qui risquent de me pourrir la vie.
Oui, beaucoup de marques de première personne dans la dernière phrase, mais c'est parce que j'ai découvert une certaine forme d'égoïsme ces dernières années qui, dans un sens, m'a sauvé la vie.
Une fois cette distinction opérée, il est facile de deviner laquelle je mets de côté. La vie est une blague, pas la peine de se la pourrir avec des gens qui nous apportent plus de problèmes que de bon temps.
Non, je ne suis pas devenue une ermite égoïste et associable. D'une part parce que je l'étais déjà un peu (:p), d'autre part parce que j'ai revu l'ordre de mes priorités.
Ceci étant dit, je te conseille de garder en notes ce genre d'histoires si jamais tu en as d'autres, car en plus d'en rire dans quelques années (en se disant à quel point on était bêtes d'y accorder de l'importance), tu pourras toujours les monnayer auprès des scénaristes de séries B, ou en faire un livre !
Ben, écoute Camille, j'ai du mal à accepter que le monde extérieur ne coïncide pas avec mon monde de bisounours ou tout le monde s'aime et se comprend, mais j'apprends à le réaliser de plus en plus clairement, effectivement... (de façon plus ou moins brutale) Et puis je ne regarde pas Amour, Gloire et Beauté, Dieu merci :P .
Et si j'ai pris la peine de noter cette histoire, à part la simple perspective d'en rire plus tard, c'est aussi pour pouvoir me rappeler clairement des faits lorsque l'un des trois autres viendra me raconter n'importe quoi à ce propos, un jour... :D
D'où le problème les groupes d'amis un peu figés. On prend l'habitude de sortir à quatre (je prends ce chiffre parce que c'est celui de ton exemple, mais remplace-le par celui que tu veux), et certains pensent qu'on n'a pas le droit de faire machine arrière, ou de moduler. On sort à quatre, ou on ne sort pas. Et bien non, ce n'est pas toujours si simple.
Cette année j'ai vu pas mal de monde, à des occasions assez diverses, et finalement on a assez peu souvent retrouvé la même configuration, ce qui n'est pas forcément plus mal. Il y en a que j'invite plus facilement pour un repas, d'autres pour un film, d'autres encore pour faire un jeu. Parfois ceux avec qui je vais voir un film viennent aussi faire un jeu, avec ceux que j'ai invité à un repas, mais on s'en fiche un peu non ? On ne va quand même pas faire pointer les gens chaque fois qu'ils viennent nous voir. A l'inverse, il y a des gens dont j'accepte facilement les invitations, d'autres moins (parce qu'il y en a que j'apprécie à dose homéopathique, mais est-ce un mal ?). Je suis plus facilement partante pour un aprèm tranquille que pour une soirée dans un bar, donc ben forcément, ceux qui aiment les bars je les vois moins souvent, ben c'est comme ça, je finis par les voir quand même, et je ne pense pas que ça gêne qui que ce soit. Il est tout à fait normal qu'on n'ait pas le même rapport avec tout le monde, car si c'était le cas, il n'existerait plus de rapports privilégiés avec les plus proches, et ça serait sans doute un peu triste.
J'ai toujours été pour la paix des peuples, du coup j'ai toujours tenté d'analyser les situations, de rester calme quand ça dégénère, de faire le médiateur. C'est conforme à la nature humaine que de projeter un peu de nous dans les autres, aussi difficile de ne pas comprendre pourquoi, quand on essaie d'avoir l'attitude la moins problématique possible, ce n'est pas le cas de tout le monde. J'ai simplement constaté que c'était comme ça, la vie, et qu'il y a beaucoup trop de gens intéressants qu'on ne connaîtra jamais sur terre pour perdre du temps avec des personnes toxiques (ceci étant dit, lesdites personnes toxiques nous aident à nous constituer et à grandir, pour ça je les remercie, mais une fois leur travail fait, ils peuvent rester loin :D).
En dehors de tout ça, je suis bien curieuse de savoir lequel de ces personnages tu as été amené à incarner... (j'avoue que j'hésite :p)
Bah, de toutes les façons je ne le dirai jamais :D .
Enfin, j'avais quand même prévu de préciser que le sexe de chacun a été conservé dans l'histoire, et les prénoms sont non ambigus sur ce point - tu as donc le choix entre trois personnes.