Shkdee's weblog

jeudi 22 septembre 2011

Restons en forme

Vous avez de nouveaux voisins ; vous ne savez d'eux uniquement qu'ils ont deux enfants, mais rien d'autre, vous ne savez même pas s'ils ont deux filles, un garçon et une fille ou deux garçons. Comme vous êtes de voisinage agréable et de société accueillante, vous allez leur souhaiter la bienvenue et sonnez à leur porte. Un enfant vous ouvre, c'est une fille. Quelle est la probabilité[1] que le second soit un garçon ?



















Si vous pensez que le second enfant a une chance sur deux d'être masculin, réfléchissez encore.



















La réponse pour plus tard ! J'espère que cette petite réflexion vous aura agréablement échauffé les neurones : c'est la rentrée, il faut se remettre en forme et conserver l'esprit affuté. Car comme le dit le proverbe, cerebrum dormiens semper titillandus.



Notes

[1] On supposera bien sûr que le sexe de chaque enfant est équiprobable, donc que chacun a une chance sur deux d'être une fille, et une chance sur d'eux d'être un garçon.

samedi 02 juillet 2011

Note pour se souvenir

Cher blog,

Un an déjà, que cela passe vite un an. J'ai tout de même choisi d'éviter le tour complet du calendrier, peut-être me manquais-tu plus ce que je pensais. J'ai beaucoup de choses à te raconter - comme souvent en fait - ; sauf que contrairement au reste de l'année j'ai du temps, une solitude pesante et une absence de perspective à court et moyen terme dans mon futur immédiat, qui me plongent dans un désarroi plus ou moins périodique, mais par ailleurs me donnent la possibilité de t'écrire, pour une fois ! Enfin, la possibilité... je devrais dire, l'envie. De temps à autres, il me paraît un peu malsain de vivre dans un campus relativement isolé, avec une vie étudiante un peu refermée sur elle-même. Enfin, en général c'est plutôt grisant, bien sûr, ça donne un environnement tout à fait exceptionnel pour que cette vie étudiante s'épanouisse dans ses meilleurs - et ses pires - aspects. Mais de temps à autre, je trouve l'hypocrisie de regretter l'autisme vis-à-vis du monde extérieur - même de toi, cher blog ! - que cela encourage, et auquel on se laisse aller avec une certaine paresse.

Tu sais, au moins un de mes camarades de promotion a réussi à trouver ton identité. La mienne donc. C'est à la fois prévisible, puisque je n'ai jamais prétendu être particulièrement discret sur l'Internet et n'importe quelle recherche un brin poussée sur moi doit offrir un certain nombre d'informations ; et à la fois choquant sur le coup, lorsque je l'ai appris. Enfin, je pense que ce n'est pas encore trop grave, essentiellement parce que je sais précisément quelles infos échappent où ; le point le plus alarmant est peut-être que je les laisse échapper sciemment. Et d'ailleurs, cher ami, si tu me lis, la tâche suivante sera de trouver toutes mes identités (disons, pseudonymes, adresses mail) différentes.

Mais je m'égare un peu. Bref, cher blog, Tout ça pour dire que je ne t'oublie pas.

Ton dévoué auteur, Allam

samedi 03 juillet 2010

L'administration rend mou

Cela fait plus de deux mois que j'ai fini mon stage et je dois bien avouer que cette douce et lente torpeur qui m'habitait alors avait malgré tout quelque côté agréable : j'avais le temps de réfléchir à toute l'opportunité de la réponse à donner au moindre courriel que je recevais, à la meilleure pertinence de tous les moments potentiels où relancer un collègue, et jusqu'aux plus profondes conséquences métaphysiques qui pèseraient sur la moindre virgule dans la correspondance que j'entretenais. Bref, chaque jour, je pouvais renouveler cette exploration des chemins les plus mystérieux et contournés de l'âme humaine.

Alors que depuis deux mois, c'est un peu la course permanente ; non pas dans un sens se précipitation, mais plutôt d'enchaînement continu d'activités, de conférences et de soirées plus ou moins festives. Et le dogme régissant tout cela étant "premier arrivé, premier servi", il faut parfois savoir réagir vite... parce que s'accorder un délai de trois jours - voire trois semaines - pour répondre à un courriel dont l'on connaît déjà la réponse, juste histoire d'être vraiment sûr que la Seine ne va pas se mettre à grimper sur les ponts ni la Terre à flirter avec Saturne si on la livre trop tôt, c'est un luxe qu'on ne peut se permettre que lorsqu'on joue au stagiaire, lorsque se donner de l'importance est la seule chose que l'on a à faire pour s'occuper.

Et donc, je me suis trouvé un peu pris de court au début, lorsque je suis retourné sur le platâl il y a deux mois : comment était-ce possible que - pour prendre un exemple qui est arrivé très vite -, même pas une heure après l'amphi de présentation du point gamma, la moitié des bars étaient déjà en train de se mettre en place ? Mais hein qui que quoi donc, quelle est cette précipitation ? Pas de réunion longue et ennuyeuse pour ré-expliquer tous les tenants et aboutissants de l'affaire ? On ne nous laisse même pas trois jours de pondération profonde et de mesures mystiques pour décider si cette réunion devrait se faire avant ou après la pause café ? Mais comment se peut-ce ? Rendez-vous compte un peu ! Et on ne nous donne pas un délai d'au moins trois mois pour commencer à nous préparer à nous organiser ? Mais comment va-t-on faire ?!

Enfin, bref, ce fut un changement de rythme un peu brutal...

samedi 08 mai 2010

Un peu de poésie dans la vie

Il est une unité que l'on gagnerait certainement à ajouter dans le système métrique : il s'agit de l'alexandrin. Qui vaudrait, je vous le donne en mille... douze pieds (soit cent quarante quatre pouces ou quatre verges ou trois aunes ou deux toises) ! Douze pieds pointure 47, ils avaient de grands panards ces égyptiens quand même.

Cette unité offre un point de vue différent sur le monde qui nous entoure, voyez plutôt : la façade de Notre-Dame de Paris mesure un peu moins d'un sonnet de longueur. Il faut empiler six douzains, un sizain et un quintil pour se hisser au niveau du haut de la tour Eiffel ! Dans un autre registre, un stade (hellénique) mesure exactement cinquante alexandrins, ce qui commence à faire une bonne petite ballade. Enfin, ce sont des alexandrins un peu grecs puisque ce sont les pieds de Hercule qui définiraient le stade selon la légende (et il en faut six cent). Ils chaussent donc un peu plus grand que les autres : du 49 ou du 50... c'est que c'est un bon bonhomme le demi-dieu. Mais toujours est-il que l'on aperçoit un lien intéressant entre sportifs et troubadours : ceux-ci peuvent chanter le marathon (3500 vers de moins que l'Iliade, c'est presque court) et ceux-là courir la chanson de Roland (d'une longueur légèrement supérieure à 14,5 km, une bonne épreuve de course de fond).

Peut-être que les littéraires accepteraient de faire de la physique comme ça.

mercredi 21 avril 2010

La physique au quotidien

Avez-vous regardé cette vidéo ? Je l'ai prise dans le RER, et ce qui y est intéressant, c'est l'espèce de ligne horizontale en plein milieu, qui se penche plus ou moins lorsque le RER ralentit, et qui se tord carrément à la fin. Arrivez-vous à deviner ce que c'est ? Ce n'est pas facile si on ne le voit soi-même, je ne vais donc pas faire durer le suspens trop longtemps : il s'agit d'un peu d'eau qui avait visiblement réussi à s'infiltrer dans le double-vitrage de la fenêtre du RER, et qui bougeait selon l'accélération ou le ralentissement, ce qui me faisait beaucoup rire.

Et puis, une fois que je m'étais bien amusé, je me suis dit que l'on pouvait s'éclater encore plus et se servir de cette eau qui bouge dans la vitre pour calculer grossièrement la décélération maximale du RER, et en déduire sa vitesse, ou au moins un majorant de sa vitesse ! Hé oui, c'est marrant la physique dans la vie de tous les jours. J'ai calculé grossièrement que l'angle maximal que faisait la surface de l'eau avec l'horizontale (atteint intuitivement lorsque le freinage est le plus fort, à la 13ème seconde de la vidéo) avait une tangente égale à 1/7 (la marque du niveau maximal de l'eau restait sur la vitre, comme les marées laissent une trace sur les digues ou les quais dans un port ; dès lors, on peut faire des mesures avec les paumes des mains sur les côtés de la vitre pour estimer la tangente...).

Avec un petit schéma, on s'aperçoit, en supposant que la force virtuelle exercée sur l'eau du fait du freinage du RER (et qui fait que la surface de l'eau n'est plus horizontale mais un peu oblique) est constante[1], que cela signifie que cette force créée par le freinage est, à son point maximal, environ sept fois plus faible que le poids (i.e pour les physiciens, que la norme de l'accélération d'entrainement vaut environ g/7, où g est l'accélération de la pesanteur).

Et en supposant que cette force de frein est constante durant tout le freinage, et vaut cette valeur maximale (ce qui n'est pas forcément loin de la vérité), on peut calculer la vitesse du RER ! Hé oui, il met à peu près 10 secondes à s'arrêter, on s'en rend compte en regardant la vidéo (le freinage commence vers 4 secondes, lorsque la surface de l'eau commence à s'incliner, et se termine vers 14 secondes, lorsqu'elle revient brusquement à la normale en se tordant). Dès lors, pour passer d'une certaine vitesse initiale à une vitesse nulle avec un freinage constant égal à un septième de la pesanteur, on calcule que cela implique que la vitesse initiale du RER est d'environ 50 km/h[2].

Marrant comme méthode non ?

Notes

[1] Et en supposant que le système est stationnaire, c'est à dire que la surface de l'eau est plate (sans être forcément horizontale) et ne bouge pas, ce qui ne me paraît pas être une approximation trop fausse ; de toutes les façons, je ne sais pas faire de calculs sans ça.

[2] En plus, le résultat n'est pas trop loin de la réalité : le RER circulant dans Paris lorsque j'ai fait cette vidéo, il devait rouler à une vitesse d'environ 40 ou 45 km/h. L'erreur vient probablement des approximations (par exemple, le freinage n'est pas constant et commence par être faible pour finir plus fort ; si l'on suppose que le freinage est encore constant mais vaut plutôt un huitième de la pesanteur plutôt qu'un septième pour compenser sa faiblesse au début, on trouve une vitesse de 44 km/h...).

jeudi 15 avril 2010

Mots à partir

J'aimerais attirer votre attention sur une expression bien singulière de la langue française : « avoir maille à partir avec quelqu'un ou quelque chose », qui signifie « rencontrer des difficultés » avec le quelqu'un ou quelque chose en question. Intéressez-vous y deux minutes : saisissez-vous bien le sens de chacun des termes de cette expression ? Maille : il s'agit d'une boucle ou d'un motif qui se répète pour faire une structure plus grande. Partir : l'action de quitter un endroit, de se mettre en mouvement. A priori, on a là beaucoup de mal à comprendre vraiment comment ces mots s'articulent pour produire la signification finale de l'expression... Mais donc, saisissiez-vous réellement la teneur de ces deux mots ? Soyez honnêtes. Je pense que comme moi, vous êtes restés perplexes devant cette combinaison inattendue, et devant le sens qui en découle qui n'est pas moins étonnant. On trouve une piste d'explication dans les verbes départir et répartir, qui signifient bien respectivement départager et distribuer et non le contraire et la répétition de partir. Si l'on suit la logique de formation des mots, on peut en déduire à ce stade que partir peut aussi signifier partager, diviser en parties. Et c'est bien le cas : c'est le sens originel, bien qu'archaïque voire archaïsant, du mot partir, qui devient soudainement un verbe transitif et ne se conjugue peut-être même pas de la même façon (il appartenait au second groupe et on peut imaginer que l'on disait "j'ai parti" et pas "je suis parti", ou et "je partissais" et non "je partais"...). On commence à s'approcher du résultat, au moins l'expression « avoir maille à partir » a maintenant un sens syntaxique, puisqu'il s'agirait donc de partager une maille. Pour finir, il faut soit être très fort en histoire, soit consulter un dictionnaire[1] : maille peut signifier, selon un sens assez vieilli qui date de l'époque des capétiens, « monnaie de très faible valeur, valant un demi-denier ». Dès lors, on comprend déjà mieux que partir une maille puisse être un procédé difficile - ou mesquin, l'expression pouvant probablement signifier les deux - et l'origine de la locution qui nous intéresse depuis le début est beaucoup plus claire.

Tout en découvrant ceci ce matin, j'ai mené quelques recherches sur des verbes plus ou moins rares et souvent défectifs[2] de la langue française, comme sourdre, dont le participe passé est une énigme qui m'interpelait depuis plusieurs années. Et puis je suis tombé sur une liste de verbes à conjugaison irrégulière quoique plus ou moins "typique"[3], et tout mon regard sur la langue française a changé, parce que non contents d'être irréguliers, une certaine quantité de ces verbes-là sont surtout inconnus[4][5] ! Quoique, à y bien regarder, pas si inconnus que ça. L'on se rend compte que - comme pour le sens archaïque de partir - l'on utilise uniquement certaines formes de ces verbes initialement méconnus, comme le participe passé en guise d'adjectif, ou dans des expressions particulières comme « ci-gît », où vous savez tous que se cache le verbe gésir. Et c'est un peu drôle de découvrir des mots qu'en fait, d'une certaine façon, on connaissait déjà depuis toujours. Je vous laisse découvrir vous-même l'entière liste de ces verbes, il y en a bien sûr beaucoup que vous connaissez déjà. Voici tout de même un petit florilège des meilleures prises de la pêche, avec quelques recherches complémentaires :

  • Assavoir, qui signifie savoir, et est principalement employé sous la forme « faire assavoir »
  • Bayer, qui ne doit pas être confondu avec bâiller (ni bailler d'ailleurs !). Ainsi, il appert que si « bayer aux corneilles » signifie bien « rêvasser niaisement », « bâiller aux corneilles » et surtout « bailler des corneilles » ne devraient pas avoir la même signification... en fait, bayer paraît être au départ une variation du mot béer, et avoir souffert de son homonymie avec bâiller jusqu'à disparaître presque complètement au profit de son homonyme ; il semble d'ailleurs que bayer/béer et bâiller aient la même origine latine batare (« bâiller ») (et des sens parfois proches).
  • Bienvenir, qui vous permettra de dire la prochaine fois que vous êtes le bienvenu que vous vous êtes fait bienvenir.
  • Chaloir, que vous connaissez bien dans l'expression « peut me chaut », et qui signifie donc « être important ».
  • Comparoir, synonyme attendu de comparaître, qui est surtout célèbre pour fournir l'adjectif (parfois substantivé) comparant (plutôt que comparaissant) pour parler de celui qui est en train de comparaître devant la justice.
  • Contondre, de même sens et origine que contusionner (qui lui est préféré depuis plus de cent ans), et surtout utilisé dans son participe présent adjectivé - pourtant, lui, très connu - contondant.
  • Émoudre, signifiant « aiguiser sur une meule », qui donne le participe passé émoulu... ainsi lorsque vous êtes frais émoulus du lycée, vous sortez en fait du lycée assez sauvagement torturés à la meule (haha).
  • Férir, signifiant frapper et bien connu dans l'expression « sans coup férir » (et moi qui pensais que cela avait à avoir avec le latin ferre (« porter »), en fait il s'agit du latin ferire (« frapper »)), mais aussi sous sa forme de participe passé féru (!), où frapper semble se rapprocher de émouvoir puis de passionner pour donner le sens que l'on connaît dans, par exemple, la locution « être féru de littérature ».
  • Forfaire, qui signifie « manquer gravement à », dont le participe passé donne le substantif forfait - mais dans le sens infraction ou méfait, et pas tarif.
  • Gésir, dont j'ai déjà parlé précédemment. L'intéressant avec ce verbe est qu'il n'est pas initialement défectif et que l'on peut consulter sur le wiktionnaire une forme archaïque mais très cocasse de la conjugaison de ce verbe. Ainsi, en vous couchant hier soir, vous avez jeü, ou vous jeütes...
  • Issir, signifiant sortir comme l'on s'y attend en pensant à son participe passé qui est quasiment la seule forme utilisée de ce verbe : issu. L'étymologie de ce verbe le rapproche de exit (exire en latin), l'émergence et l'origine du mot sortir étant plus trouble.
  • Poindre, qui n'est pas très méconnu mais dont la conjugaison parfois un peu compliquée laisse entrevoir quelque surprise : le participe présent est poignant, donnant directement l'adjectif signifiant actuellement émouvant. J'ai eu un peu de mal à relier ce sens à celui usuel de poindre ; il semble que le trait d'union soit le mot point, où l'on retrouve une signification un peu vieille de piqûre, d'où dérivent les sens de piquer d'une part, et de faire souffrir d'autre part. Je suppose par la suite que piquer devient « apparaître sous forme de pointe » puis « se faire jour », tandis que faire souffrir passe de la douleur physique au sens figuré et psychologique du poignant que l'on connaît actuellement. Avec un détour par le verbe rare poigner, « serrer, étreindre douloureusement », dont poignant est aussi le participe présent. Tout ces mots ne semblent pas avoir de rapports direct avec poing.
  • Quérir, qui devrait être plus ou moins défectif mais donc le wiktionnaire donne aussi une conjugaison plutôt rare (mais pas très inattendue ; enfin quand même, dire que la justice est quise, c'est drôle).
  • Semondre, qui a pour sens « inviter », mais aussi « réprimander ». Vous avez certainement noté la proximité avec le verbe semoncer, un peu moins vieux, qui signifie la même chose avec en plus l'acception de demande impérative, que l'on retrouve aussi (en plus des autres sens) dans le mot semonce, que l'on connaît enfin déjà mieux (notamment dans l'expression « coup de semonce »). Le mot semondre semble correspondre en fait à l'origine latine submonere (« avertir secrètement »), et donna par la suite semonce puis probablement semoncer et peut-être sommer (mais là je ne suis pas sûr, j'ai plus de mal à suivre l'étymologie).
  • Seoir, qui connaît plusieurs sens : d'une part s'assoir, où l'on reconnaît la forme proche (l'orthographe asseoir existe encore, d'ailleurs) ; d'autre part siéger ; et enfin convenir. D'où poignent respectivement trois mots différents déjà bien plus utilisés : séant, sis(e) et seyant ! Le troisième étant une variation du premier, lui-même directement tiré du participe présent, et le second étant le participe passé. Belle collection, pour un mot considéré comme vieilli au moins depuis le 17e siècle...
  • Souloir, qui tient un peu de la curiosité : il signifie « avoir l'habitude de », et s'utilise à l'imparfait de l'indicatif sous la même forme que soûler (modulo l'accent circonflexe) ! De quoi donner des idées de jeux de mot.
  • Sourdre, alors tout dans ce verbe est désuet donc ce n'est pas un exemple de verbe connu uniquement sous certaines formes, mais par contre je suis content d'avoir découvert que le participe passé serait sourdi ! (d'après Wikipedia, et si j'en crois l'existence de l'entrée sourdir du wiktionnaire, qui serait alors une vieille orthographe de sourdre et qui expliquerait très bien le -i...)

Je vous remercie pour votre attention lors de cette belle plongée dans la langue française. J'ai appris des mots à mon correcteur orthographique aujourd'hui, c'est pas tous les jours...

Notes

[1] D'ailleurs, gardez donc le CNRTL sous le coude, il vous sera peut-être utile pour toute la suite du billet.

[2] « Un verbe est dit défectif lorsque sa conjugaison est incomplète : un certain nombre de temps, de modes ou de personnes sont inusités. » (Wikipedia)

[3] Il peut paraître un peu bizarre de parler d'une conjugaison à la fois irrégulière et typique... enfin si l'on considère que la liste possède bien plus d'une centaine d'éléments, on commence à apercevoir la différence entre irrégularité et exception, et ces deux adjectifs deviennent tout de suite moins antinomiques.

[4] Sauf, peut-être, pour les juristes.

[5] D'ailleurs, quelque recherche nous montre que certains éléments de cette liste étaient parfois déjà considérés comme vieillis il y a quatre siècles ; quelque part, c'est déjà merveilleux qu'on les connaisse encore, ce sont un peu des dinosaures de la langue française...

lundi 22 mars 2010

Chassez le naturel, il revient au galop

Il y a des jours où toutes les certitudes que vous avez sur la vie peuvent se trouver soudainement bouleversées comme une digue cède brusquement à l'assaut des vagues et des marées (comme en Charente) : vous pensiez être un adulte et fréquenter des gens tout aussi matures que vous. Hé bien non, les dérives abracadabrantesques des intrigues de séries B sont toujours à l'affût, prêtes à s'inviter à la moindre occasion là où on ne les attend pas, comme pour prouver que des péripéties ridicules, ça n'arrive pas que dans la fiction. Ce qui va suivre est fortement inspiré d'une histoire vraie - enfin, pire que vraie, vécue.

Nous avons quatre protagonistes, que je nommerai Alice, Bob, Charlie et Denis, dans un double souci d'anonymat et de simplicité. Tous les quatre sont, disons, relativement bons amis. Un jour, Bob et Charlie se disent : Hey, on s'ennuie, si on se faisait un resto ! Puis, la suite logique : Hey, si on invitait des gens avec nous ! Sachant que Bob n'apprécie pas toujours Alice, Charlie ne propose pas d'inviter cette dernière. Bob s'en fichait en fait complètement, mais comme cela lui convenait, il ne propose pas non plus de l'inviter, imaginant par ailleurs de son côté - tout aussi faussement - que sa présence pourrait méconvenir à Charlie. Ils vont donc se faire un super resto avec Denis et en sont bien contents. Lors de ce repas, au fil de la conversation, ils évoquent l'absence d'Alice, et Denis, qui n'avait jusque là pas remarqué qu'elle n'avait pas été invitée *exprès* (enfin - exprès par malentendu entre Bob et Charlie, certes, mais en relative connaissance de cause tout de même), comprend - toujours faussement, et s'imaginant des relations troubles entre Alice et Charlie, alors que les relations les plus tendues sont plutôt entre Alice et Bob - que le principal responsable dans la non invitation d'Alice est Charlie.

Voilà, le décors est planté, nous avons là deux ou trois malentendus enchaînés, et vous pouvez imaginer les problèmes qui peuvent en naître.

Le lendemain, en parlant avec Alice de la relation qu'elle entretient avec Charlie, Denis laisse échapper - un peu dans l'espoir de mieux connaître l'exacte nature de ladite relation (qu'il essaie de situer entre amitié cordiale et amour trouble) - qu'il semblait avoir compris - tout en se demandant si c'était vraiment le cas - que Charlie ne voulait pas d'elle au resto. Le drame commence : Alice se sent trahie par Charlie, lui téléphone pour lui demander ce que c'est que ce délire, ce dernier la renvoie vers Bob en lui assurant en substance que c'était plutôt lui qui n'avait pas voulu d'elle au resto ; Bob la renvoie vers Denis en déclarant qu'il disait n'importe quoi ; enfin Denis lui dit qu'il ne comprend plus rien, prévoyant la catastrophe arriver et ne voulant pas accuser faussement l'un de ses deux amis. Alice passe la soirée à déprimer et à téléphoner à Charlie et Bob pour essayer de comprendre ce qu'il s'est passé, en accentuant sur la question de principe - un peu ridicule au fond : lequel des deux ne voulait pas d'elle ? Aucun des deux ne se sent responsable, plus ou moins à raison, et par ailleurs chacun des deux, jugeant d'une part l'affaire ridicule et pensant d'autre part que c'était plutôt le fait de l'autre, essaie de le protéger en restant évasif, et de fait en se créant chacun une espèce de fausse part de responsabilité. Leur priorité est plutôt de rassurer Alice et de minimiser l'affaire (enfin, de leur point de vue, de lui rendre sa véritable dimension !) en évitant d'envenimer plus que nécessaire leurs relations avec elle. Cette dernière, cherchant mordicus la vérité, s'en trouve d'autant plus marrie et remue ciel et terre pour la trouver, ciel et terre étant ici essentiellement Bob et Charlie.

Le lendemain, Denis, ne voulant plus trop s'impliquer mais voyant que cette affaire ne s'arrange pas, essaie de contacter Bob et Charlie pour comprendre le problème. Pendant ce temps, Bob, fatigué d'être harcelé par Alice qui tient à lui faire dire que c'est lui qui ne voulait pas d'elle, et considérant que finalement, il s'en foutait de ce qu'elle pouvait penser de lui, lui balance plus ou moins ce qu'elle veut entendre en déclarant que tout était de sa faute, son but initial étant surtout d'éviter plus de troubles entre Alice et ses deux comparses. Après une première réponse de celle-ci à son message, il en a tellement marre de se prendre le chou pour un truc aussi débile qu'il s'apprête à enfoncer le clou en ajoutant quelques paroles bien senties à l'encontre d'Alice. Là dessus, Denis arrive enfin à le joindre, et commençant à comprendre ce qu'il s'est passé et les malentendus qui se sont créés ou révélés plus ou moins par sa faute, lui demande de ne pas jeter d'huile sur le feu et s'en va calmer le jeu en essayant d'expliquer à Alice la source du problème et la réelle interprétation à donner au message de Bob (qui relève donc plus du sacrifice je-m'en-foutiste que de l'auto-accusation repentante). Qu'elle comprend plus ou moins, enfin au moins consent-elle à s'excuser auprès de Bob. L'affaire semble relativement terminée, quoique tous les protagonistes n'ont peut-être pas retenu la version que je vous donne ici, ce qui peut laisser présager des résurgences à l'avenir... mais à priori c'est fini.

Et je vous assure que quand vous sortez d'un truc aussi stupide, vous avez un peu marre des gens.

dimanche 14 mars 2010

Happy birthday à pi

Pi
π dans un crop circle ! explications, une version moins discrète).

Le 14 mars, comme les anglo-saxons s'en rendent facilement compte puisqu'ils ont l'habitude de noter cette date 3.14, est le jour symbolique d'anniversaire de la constante mathématique probablement la plus connue au monde, la bien-aimée π (qui vaut en valeur approchée, rappelons-le, 3,14159 26535 89793 23846 26433 83279 50288 4197... ; je m'arrête à la 39 ème décimale parce que bon, ça commence à bien faire, seul Chuck Norris connaît la dernière décimale de π ; et par ailleurs, 39 décimales sont suffisantes pour estimer la circonférence d'un cercle de dimensions similaires à celles de l'univers observable avec une précision comparable à la taille d'un atome d'hydrogène, ce qui est tout de même bien suffisant).

Notons que le 14 mars est aussi l'anniversaire d'Albert Einstein, quoiqu'il doit exister mathématicien plus proche de π que l'auteur de la théorie de la relativité.

Il me faudrait, à cette occasion, vous parler un peu de cette constante, sur laquelle il y a énormément de choses à dire et à propos de laquelle on pourrait s'extasier pendant des heures et des heures. Mais je ne pense pas que cela intéresserait vraiment tout le monde, et je n'ai pas vraiment le temps de le faire (dans deux minutes ce ne sera plus son anniversaire !) ; je me contenterai donc de vous faire partager un site de passionné (hé oui, il y a des fans de π !) assez chouette et sur lequel j'ai passé pas mal de temps aujourd'hui : l'univers de Pi, dont vous lirez au moins la partie Histoire avec quelque curiosité. Bonne lecture aux intéressés !

Mais si je tombe sur une information incroyablement passionnante sur π, je vous la ferai bien sûr partager en commentaire, héhé...

dimanche 21 février 2010

Les résolutions de l'inutile

Histoire de, pour une fois, essayer de continuer une chaîne - dont vous trouverez le maillon précédent chez Pierre, je vais vous parler de trois bonnes résolutions que je me suis proposé pour la nouvelle année, qui commence à ne plus être très nouvelle maintenant, et qui ont le point commun de n'être absolument pas tenues jusqu'ici - mais j'ai encore un peu plus de dix mois pour y arriver, je ne désespère pas !

La première, c'est d'aller plus souvent sur poudlard.org ; enfin, autrement dit, y aller tout court, au moins une fois de temps en temps. Dans un élan d'enthousiasme délirant, je me suis connecté le premier janvier, le temps de me rendre compte que, quand même, ça me fatiguait d'y passer plus de dix minutes. Mais un jour, sûrement, je retrouverai le chemin. Là je suis assez confiant ; lorsque j'en aurai marre de faire des trucs idiots en javascript, j'aurai du temps à perdre le soir qui appellera bien à être comblé, par exemple grâce à PI...

La seconde, c'est de me coucher à des heures un peu décentes et de dormir plus de 7h par nuit. C'est pas encore gagné, quoique j'aie actuellement moins de scrupules à me lever plus tard, vu l'absence terrible d'activité stimulante à mon stage ; cela permet au moins d'augmenter mon temps de sommeil, mais pas exactement par le bon bout... je n'ai pas encore été assez fort dans ma tête pour me coucher avant minuit trente depuis le début de l'année.

La troisième, c'est de poster plus souvent sur ce blog. Cette résolution-là sera la plus conflictuelle entre moi-même et moi-même : par exemple, cela fait un mois que je me dis que je dois poster cette note. Donc, dans une vaine tentative de m'y faire penser, cela fait un mois que le blog de Pierre s'ouvre lorsque je lance Opera, un mois que mon premier onglet a l'icône de Blogspot et un titre commençant par "Mémoires d'un Glandeur"... et un mois que j'oublie, consciemment ou non. Cela fait encore plus longtemps que j'ai une ou deux notes en préparation, sans avoir le courage de les terminer, aussi... Enfin ! Le courage reviendra.

Et je viens maintenant au but profond de cette note, qui est de tenter de réveiller quelque autre blog : je passe la main à Mariana.

Bon, ça, ça fait un onglet de moins...

vendredi 08 janvier 2010

Où l'astrophysique rencontre la raison... enfin j'aimerais bien

Je regardais cette mignonne vidéo lorsque je me suis souvenu d'une très brève conversation que j'ai tenue avec un ami l'autre soir en regardant les étoiles (brièveté assez motivée par les températures en dessous de zéro il faut dire, malheureusement d'ailleurs pour mon esprit critique qui était alors en hibernation). Je vous la retranscris en essayant de rester fidèle aux principales paroles prononcées et aux idées qui vont avec : il me soutient que comme "l'univers s'étend de plus en plus vite", il y a actuellement des étoiles que l'on pouvait voir avant que l'on ne peut plus voir maintenant parce que la vitesse d'expansion a dépassée celle de la lumière. Devant mon scepticisme affiché, il insiste en prétendant que si, si, "les astronomes se sont rendus compte qu'il y avait des constellations qui avaient disparu" du fait de cette expansion. Restant profondément sceptique, je réponds que je n'y crois pas en l'état mais qu'il faudrait vérifier. Je viens donc de faire quelques recherches sur le sujet, et après vérification, je dois d'une part admettre qu'il avait raison parce ce qu'il dit n'est pas faux, et d'autre part juger qu'il avait complètement tort parce qu'il disait quand même prodigieusement n'importe quoi. Et si je me méfie toujours des gens qui affirment péremptoirement des faits dont il est manifeste qu'ils ne les maîtrisent pas vraiment, je m'émerveille lorsque ce qu'ils disent si mal est si proche de la vérité.

Mais faisons d'abord un rapide cours d'astrophysique pour vous aider à comprendre ce qu'est l'expansion de l'univers (vous allez voir, c'est facile). L'univers, tel qu'on le suppose[1] actuellement dans tous les modèles physiques existants, n'est pas statique, c'est à dire qu'il n'est pas fixe, qu'il bouge, qu'il évolue, par exemple qu'il change de forme. Prenons un exemple très parlant : celui du cake aux raisins. Imaginez que l'univers est un cake aux raisins entrain de cuire dans un four. Lorsqu'il cuit, le cake n'est pas statique : il gonfle (sinon vous obtiendriez à la fin un espèce d'infâme pudding étouffe-chrétien et je crois que vous n'aimeriez pas les cake). L'univers est exactement pareil : il gonfle (malheureusement pas grâce à de la levure cosmique et quelque four supra-sidéral ; ici il est plus question de forces de pression et de phénomènes mal connus qui se cachent derrière les concepts nébuleux d'énergie noire et de matière noire - mais peu importe les raisons, il gonfle). Il gonfle en permanence. Concrètement, cela signifie que si vous prenez par exemple deux étoiles de l'univers, la distance entre ces deux étoiles augmente au fil du temps. En effet, revenons à l'exemple : dans notre bel univers-cake aux raisins, imaginez que les étoiles soient les raisins, justement. Lorsque le cake gonfle, les raisins, au départ très rapprochés les uns des autres dans la pâte crue, s'écartent les uns des autres. Le phénomène est rigoureusement le même dans l'univers. Prenez deux étoiles, comme la partie d'univers qui est entre les deux gonfle au fil du temps, la distance entre ces deux étoiles augmente. Autrement dit, ces deux étoiles s'éloignent l'une de l'autre (... enfin c'est l'idée ; ce n'est pas toujours vrai mais je ne veux pas vous perdre avec des détails). Voilà ce qu'on appelle expansion de l'univers[2].

Ce qu'il faut comprendre ensuite, c'est que cette expansion se caractérise par un taux et non par une vitesse (d'ailleurs, parler de vitesse d'expansion de l'univers est à la fois un gros délire et une preuve de méconnaissance totale du phénomène). Intuitivement, l'on voudrait parler de vitesse : deux étoiles vont s'éloigner d'autant plus rapidement l'une de l'autre que l'expansion de l'univers est rapide. Il y a donc bien une idée de vitesse là derrière, mais elle est incomplète : reprenez votre cake et imaginez qu'il gonfle vraiment beaucoup pendant la cuisson dans un moule sans bords (comme ça il gonfle de tous les côtés et pas seulement vers le haut), histoire de bien voir ce qu'il se passe. Alors si vous prenez deux raisins proches au départ, il seront un peu éloignés après la cuisson, et si vous prenez deux raisins déjà éloignés au départ, ils seront vraiment très éloignés après la cuisson. Dans le même temps, les deux premiers raisins n'ont pas beaucoup bougé l'un par rapport à l'autre, donc ils ont eu une vitesse d'éloignement assez faible, alors que les deux autres raisins se sont beaucoup déplacés et ont donc eu une vitesse d'éloignement de l'un par rapport à l'autre plus importante. Autrement dit, plus deux raisins sont loin l'un de l'autre au départ, plus ils vont s'éloigner rapidement l'un de l'autre pendant la cuisson - ce qui se comprend bien puisqu'il y a alors plus de pâte entre les deux qui va gonfler. Revenons aux étoiles en appliquant l'analogie : la vitesse d'éloignement d'une étoile par rapport à une autre est proportionnelle à la distance qu'il y a entre deux étoiles. Et, comme on l'a déjà dit, elle est aussi proportionnelle à la "vitesse" d'expansion de l'univers, que l'on préfère donc appeler "taux" puisqu'il ne s'agit plus d'une vitesse à proprement parler. Finalement, pour calculer la vitesse d'éloignement d'une étoile donnée par rapport à nous, on se retrouve avec une formule du type v = H d, où v est la vitesse d'éloignement, d la distance entre nous et l'étoile en question, et H le taux d'expansion de l'univers[3], dont l'on connait la valeur par des mesures expérimentales. Lorsque l'on dit que l'expansion de l'univers est de plus en plus rapide, cela signifie concrètement que ce taux d'expansion H augmente au fil du temps, ce qui est effectivement vrai (rassurez-vous ! c'est vrai uniquement à des échelles de temps de l'ordre du million, voire du milliard d'années, je pense).

Revenons maintenant aux questions posées par les affirmations de l'ami: la vitesse d'expansion de l'univers est-elle supérieure à celle de la lumière, et qu'est-ce cela peut changer pour l'observation de l'univers ? Bon, maintenant, vous savez que ce que je viens de dire manque de sens ; il faudrait plutôt se demander si le taux d'expansion de l'univers est tel que la vitesse d'éloignement de certains astres[4] par rapport à nous est supérieure à celle de la lumière. À cette simple question, la réponse est oui ; on aurait pu d'ailleurs s'en douter, puisqu'il suffit qu'ils soient assez éloignés pour que ces astres aillent assez vite. En connaissant H (de l'ordre de 70 km/s par mégaparsec ; si vous ne comprenez pas ce que je viens d'écrire, ce n'est pas grave) et la vitesse de la lumière, on peut d'ailleurs calculer très facilement la distance minimale nécessaire : environ (en très, très gros) 15 milliards d'années-lumières (si je ne fais pas d'erreur : je suis malheureusement loin de m'y connaître vraiment en astrophysique, les maths sont tellement plus drôles). Ainsi, la lumière envoyée en cet instant par toutes les étoiles qui sont à une distance supérieure à environ 15 milliards d'années-lumières de notre Terre ne nous parviendra jamais, du fait de l'expansion de l'univers qui "allonge" sans cesse le chemin à parcourir pour la lumière, et l'allonge trop.

Donc si je me tiens à l'honnêteté intellectuelle pure, l'ami pourrait avoir eu raison : dans l'absolu, ce qu'il disait n'est pas faux. Concrètement, on peut imaginer qu'il y ait des étoiles qui aient un jour émis de la lumière qui nous parvient, et qui émettent maintenant de la lumière qui ne nous parviendra plus soit parce qu'elles sont devenues trop éloignées, soit parce que le taux d'expansion est devenu trop important. Elles devraient donc s'éteindre un jour des télescopes des astronomes.

En pratique, on aurait plutôt tendance à dire qu'il avait tort. D'abord parce qu'une fois le calcul fait, on se dit que 15 milliards d'années-lumière, c'est quand même beaucoup. En fait, il n'y a que très peu d'objets que l'on arrive à observer à cette distance, en partie parce que c'est très loin donc on ne peut voir que des astres extrêmement lumineux, et en partie parce que cela correspond aussi à la limite de l'univers observable définie cette fois par un phénomène plus simple, l'âge de l'univers[5]. Donc si des astres ont effectivement "disparu" des télescopes pour une telle raison, ce sont de toutes les façons des astres qu'on a déjà un peu de mal à observer ; et ensuite, ce ne sont sûrement pas des "constellations", mais des astres isolés que seuls les astronautes chevronnés peuvent observer (et ils n'ont pas pour habitude de rassembler leurs observations en constellations...). Mais d'ailleurs, de ses paroles et des idées qui en ressortaient - relisez-les, vous pouvez maintenant le juger avec moi - me semblent plus se dégager une méconnaissance plutôt importante du phénomène, et éventuellement quelques confusions, qu'une réelle compréhension, c'était d'ailleurs ce qui avait essentiellement causé mon scepticisme.

Je jugeais donc qu'il avait tort parce qu'il venait m'affirmer presque mordicus bien que de façon floue quelque chose qu'il ne maîtrisait manifestement pas. Et pourtant, la vérité ne se cachait pas loin (soit dans les faits, soit dans ses propos : je n'ai pas réussi à déterminer s'il y a effectivement des astres qui ont disparu des télescopes des astronautes du fait de l'expansion de l'univers, même si j'en doute). J'admire parfois beaucoup les gens qui peuvent énoncer de façon si peu pertinente des faits si proches de la réalité. Il faut être courageux pour mettre en jeu de la sorte un peu de sa crédibilité dans l'espoir de gagner un peu d'assurance. Je n'y arrive pas souvent, personnellement. Ce qui fait que les adverbes "relativement", "plus ou moins", "peut-être" et consœurs sont mes meilleurs amis ; ce n'est pas toujours plus agréable...

Notes

[1] C'est une supposition stricto sensu, comme toutes les modélisations, mais autant dire que c'est une vérité : le côté non statique de l'univers est prévu par les équations de la relativité générale formulées par Einstein en 1915, et jamais remises sérieusement en question depuis ; autrement dit un roc plus que solide jusqu'à présent

[2] Qui est donc responsable de la formule un peu énigmatique pour le profane mais que vous pouvez comprendre maintenant : "les galaxies s'éloignent toutes les unes des autres".

[3] Le paramètre H est aussi appelé constante de Hubble, ce qui est plutôt mal nommé puisqu'il ne s'avère pas constant par rapport au temps ! Mais je crois qu'on ne le savait pas lorsqu'on l'a nommée ainsi. Ou sinon, c'est juste pour mettre en avant son côté constant dans tout l'univers à un instant donné.

[4] En fait des galaxies, plutôt que des étoiles. L'expansion de l'univers se fait sentir à des échelles qui mettent en jeu les galaxies bien plus que les étoiles ; mais j'ai utilisé le terme étoile parce qu'il fait parfois moins peur aux gens... et pour retrouver mon propos initial d'observation d'étoiles où l'on parle d'étoile comme point lumineux dans le ciel (qui peut potentiellement être aussi bien une étoile qu'une galaxie donc) et pas comme astre.

[5] Qui est d'environ 15 milliards d'années ; la lumière voyageant à la vitesse d'une année-lumière par an par définition, cela signifie qu'on ne peut rien observer de plus loin qu'environ 15 milliards d'années-lumière puisqu'aucune lumière émise par un éventuel objet plus lointain n'a eu encore le temps de nous atteindre. Que l'on retrouve 15 milliards d'années-lumières dans les deux cas relève plus de la coïncidence que d'une quelconque signification mystique, surtout vu les approximations que j'ai employées dans les calculs : les valeurs sont précises à 30% près.

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