Shkdee's weblog

Jours impairs

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samedi 02 juillet 2011

Note pour se souvenir

Cher blog,

Un an déjà, que cela passe vite un an. J'ai tout de même choisi d'éviter le tour complet du calendrier, peut-être me manquais-tu plus ce que je pensais. J'ai beaucoup de choses à te raconter - comme souvent en fait - ; sauf que contrairement au reste de l'année j'ai du temps, une solitude pesante et une absence de perspective à court et moyen terme dans mon futur immédiat, qui me plongent dans un désarroi plus ou moins périodique, mais par ailleurs me donnent la possibilité de t'écrire, pour une fois ! Enfin, la possibilité... je devrais dire, l'envie. De temps à autres, il me paraît un peu malsain de vivre dans un campus relativement isolé, avec une vie étudiante un peu refermée sur elle-même. Enfin, en général c'est plutôt grisant, bien sûr, ça donne un environnement tout à fait exceptionnel pour que cette vie étudiante s'épanouisse dans ses meilleurs - et ses pires - aspects. Mais de temps à autre, je trouve l'hypocrisie de regretter l'autisme vis-à-vis du monde extérieur - même de toi, cher blog ! - que cela encourage, et auquel on se laisse aller avec une certaine paresse.

Tu sais, au moins un de mes camarades de promotion a réussi à trouver ton identité. La mienne donc. C'est à la fois prévisible, puisque je n'ai jamais prétendu être particulièrement discret sur l'Internet et n'importe quelle recherche un brin poussée sur moi doit offrir un certain nombre d'informations ; et à la fois choquant sur le coup, lorsque je l'ai appris. Enfin, je pense que ce n'est pas encore trop grave, essentiellement parce que je sais précisément quelles infos échappent où ; le point le plus alarmant est peut-être que je les laisse échapper sciemment. Et d'ailleurs, cher ami, si tu me lis, la tâche suivante sera de trouver toutes mes identités (disons, pseudonymes, adresses mail) différentes.

Mais je m'égare un peu. Bref, cher blog, Tout ça pour dire que je ne t'oublie pas.

Ton dévoué auteur, Allam

mercredi 21 octobre 2009

J'ai plein de copains, mais pas d'amis...


Que cette chanson est belle ! D'abord parce qu'elle est triste, ou mieux que triste, à la fois nostalgique, mélancolique et très sombre, presque désespérante ; ensuite parce qu'elle est bien chantée et surtout bien composée – ha, comme les paroles s'enchaînent si harmonieusement ! J'aimerais pouvoir faire des phrases qui coulent aussi joliment. La première fois que j'y ai porté attention, j'ai trouvé cette chanson merveilleuse quoiqu'un peu délicate. Lorsqu'on a vingt ans, gaspiller le temps, forger des projets, faire des folies, critiquer le monde avec une désinvolture toute détachée, ça me paraît plutôt naturel. Même, on aurait l'intention de perdre son temps à ne pas le faire. Évidemment, ce point de vue doit changer vers quarante ou soixante ans, même sans porter un regard aussi peu indulgent que celui de Charles Aznavour sur sa vie passée. Mais malgré ce manque de clémence manifeste de l'auteur pour celui qu'il était lorsqu'il avait vingt ans, cette chanson m'avait quand même fait un peu méditer. J'avais probablement une inclinaison momentanée pour une certaine nostalgie aussi, comme souvent depuis, disons, cinq mois, ce qui aide à la réflexion. Toujours est-il que j'ai eu du mal à ne pas me demander où moi je pouvais me situer, dans ce cadre tracé par cette chanson. Comment, dans vingt, dans quarante ans, je verrai rétrospectivement cette période de ma vie ? Comme un échec total, comme une jeunesse un peu morne ou timide, comme une période joyeuse et plaisante ? Est-ce que je suis en train de rater ma vie ? (ou, plus sombrement, est-ce qu'*on* est en train de rater ma vie ? - mais je sors de ces délires là)

Bien sûr, la question est un peu trop vaste et complexe pour que je puisse y répondre. Mais néanmoins, lorsque je contemple ma vie actuelle, en essayant de donner un sens ou une explication à mes actions et mes décisions, vraiment, dans une certaine mesure au moins, je me demande si je ne passe pas à côté d'éléments relativement essentiels à cette vie qui est la mienne, et que je pourrais regretter avec plus ou moins d'amertume. Je vais essayer de ne pas être trop fouillis dans ce qui suit, il y a plusieurs idées différentes, et j'aurais en temps normal écrit un billet pour chacune, mais les choses ont tendance à se télescoper dans ma tête, et puis j'ai envie de limiter les billets où je raconte ma vie, surtout pour évoquer mes états d'âme. Je ne sais même pas qui lit encore régulièrement ce blog, qui aura le courage de lire ce long billet, qui s'y intéresse vraiment et qui me trouvera juste encore une fois péteux. Mais ce blog reste néanmoins un des seuls liens un peu intimes qu'il me reste avec certaines personnes – enfin ! si elles le lisent, ce que j'espère – que je n'ai pas vraiment le courage de contacter par ailleurs pour l'instant (je suis lâche). Ces trois derniers billets relatant ma vie et mes impressions pendant le mois de septembre, par exemple, je les ai écrits essentiellement, voire uniquement dans l'espoir de donner des nouvelles à Elsa, et d'intéresser les quelques gens avec qui j'ai passé du temps cet été (Mariana, Pierre, quelques autres)(plus éventuellement Camille, à qui je pense souvent lorsque j'écris un billet). En revanche, je ne les ai ni écrits à l'attention de tout mon éventuel lectorat (ce qui est relativement méprisant), ni dans la prime idée de raconter ma vie (alors que c'est ce que j'y fais), ce qui me désespère un peu, puisque c'est une façon de jeter une bouteille dans une mer la plus totalement inconnue, sans aucune idée de si l'action est efficace ou non ; et aussi parce que cela va à l'encontre de ce que je voulais faire de ce blog, c'est à dire autre chose qu'un espère de bureau des pleurs où je viendrais cracher mes doléance au monde qui s'en moque bien. Bref, ça manque de sens.

Mais ce dernier point, j'ai déjà du m'assoir dessus depuis quelque temps, et j'arrive à un second point, parce qu'il me faut bien admettre que depuis que je suis séparé d'Elsa – non, je n'ai pas fini d'en parler, ni de le vivre –, je manque cruellement d'oreille attentive et privilégiée pour parler de ma vie. Vous vous en doutez probablement, mais si j'avais recréé si précipitamment ce blog (cela fait cinq mois depuis deux jours, tiens ; non, vous ne délirez pas, j'ai déjà évoqué cinq mois avant), c'est bien sûr pour me refaire un déversoir de pensées et d'états d'âme, d'abord parce que j'en débordais juste après cette séparation, ensuite parce que la personne avec qui j'aurais partagé tout cela avant, ben, c'était Elsa, donc il me fallait un remplacement, un pis-aller. C'est un peu triste d'en venir à me servir d'un blog pour évoquer mes petits tracas alors que je me l'étais interdit précédemment ; d'aucuns, par exemple, en parlent plus simplement avec leurs amis. Je ne me vois pas emprunter cette solution, parce que pour que je prenne la liberté d'aller pleurer sur l'épaule d'un(e) ami(e), il faudrait que notre relation soit si exclusive que cette personne pourrait difficilement être autre chose qu'au moins une petite amie (c'est un peu ironique, c'est quand Elsa est partie que j'ai eu le plus besoin d'elle...). De toutes les façons, même si l'occasion se présentait, je ne sais pas à quel point je pourrais actuellement commencer pareille relation avec une autre personne qu'Elsa (les habitudes se perdent difficilement : j'ai failli appeler « Elsa » plusieurs fois une fille avec qui j'ai passé un peu de temps durant la FMI, et non, ce n'est pas son prénom. Dans un autre registre, j'ai fait dernièrement plusieurs rêves où l'on se remettait ensemble... enfin j'ai l'habitude de faire des rêves pénibles au réveil).

Je ressens donc un certain vide relationnel depuis cinq mois, quoique ce ne soit pas toujours vrai : il se remplit vite, heureusement à partir de rien. Je ne sais pas si vous avez déjà eu l'impression que votre vie a nécessairement besoin de, disons, un centre de gravité. Quelqu'un de particulier autour de qui tourner, quelqu'un qui à qui l'on voudrait plaire, juste pour le plaisir de plaire, quelqu'un qui par sa simple présence vous donne un cadre, une référence par rapport à laquelle vous situer, par rapport à laquelle ajuster vos jugements, voire, éventuellement, qui vous offre de temps en temps un sens à vos actions. Ça m'est arrivé quelques fois ces derniers mois. Le seul souci est que c'est un genre de relation a priori purement à sens unique (donc ce n'est pas une relation, enfin je n'ai pas d'autre mot), ce qui n'est pas dérangeant mais demande une certaine force d'abnégation, donc c'est un peu limité.

Tout cela ne s'arrange pas beaucoup avec cette espèce d'instabilité sociale qui caractérise l'incorpo puis la FMI : on voit beaucoup de gens, on passe beaucoup de temps avec eux, et on les quitte très rapidement. Ça a été vrai dans une légère mesure avec des amis de sup' ou de Louis-Le-Grand que j'ai revus pendant l'incorpo et plus du tout après ; c'est surtout vrai avec toute la section : la cohésion au sein de la section est très, très encouragée et de toutes les façons nécessairement présente, donc l'on se retrouve tout d'un coup avec plein de gens (tous nouveaux dans mon cas !) qui prennent une place très importante dans son entourage relationnel immédiat, et puis au bout d'un mois, au revoir, on oublie tout, il ne s'est rien passé, tout le monde est re-dispatché dans tous les stages, et en particulier dans mon cas, l'on se retrouve avec encore d'autres gens, tous nouveaux eux aussi. Question découverte de nouvelles têtes, c'est génial. Mais ça crée là aussi un vide qui m'a un peu éprouvé. Psychologiquement et émotionnellement, ce n'est pas si anodin à vivre, ce premier mois.

Mais, bon, je suppose que toutes ces interrogations vaguement existentielles ne sont que très communes. La vie suit son cours, que je lui trouve vraiment un sens ou pas, et je suis de toutes les façons assez lunatique à ce propos, mon état d'esprit et mon moral changeant assez fortement selon... je ne sais pas, mais ils changent. Là, j'ai beaucoup plus le moral que lorsque j'ai commencé ce billet. Si le début est un peu sombre, c'est peut-être normal. Si cette fin est plus désinvolte, c'est aussi normal (enfin en considération de ces variations d'humeur, il n'est pas exclu que je mette ce billet à jour si ce que j'y ai exprimé me semble après coup trop extrême...).

lundi 31 août 2009

OMFG

Vous le savez peut-être, je serai absent pour un mois et aurai du mal à mettre à jour ce blog pendant ce temps. C'est assez dommage d'ailleurs, je n'ai pas vraiment eu le temps de mettre en place la "nouvelle" version du blog que j'avais en tête depuis plusieurs mois... enfin ça sera pour plus tard. Vous le savez peut-être aussi, je suis absent parce que je rentre à l'Ecole Polytechnique, et que le premier mois c'est des formalités administratives et de la formation (humaine et) militaire pure et simple qui ne laisse pas de temps pour faire autre chose.

C'est assez drôle que je n'aie pas fait de note il y a un mois et demi pour clamer la bonne nouvelle de mon intégration à l'X. Il y a un ou deux ans, je l'aurais probablement fait. Pour satisfaire mon ego, comme je l'aurais justifié. Mais depuis quelques mois, mon ego n'existe plus vraiment. Tout seul, il ne sert à rien en fait. Il me manque quelqu'un avec qui avoir un ego aurait un sens, en quelque sorte. Voyez-vous, je suis très content d'intégrer l'X, mais absolument pas satisfait. Si le prix à payer était de me faire larguer par Elsa, je ne suis pas absolument certain d'y gagner. Mais plus que ça, je ne comprends toujours pas pourquoi, pourquoi à ce moment et pourquoi tout court, elle m'a quitté. Ni comment, en l'espace de, quoi, deux mois, l'on peut passer d'un statut de, bon, disons, petit ami, ou au moins ami plus ou moins cher, à celui de vague connaissance plus ou moins désintéressante. Enfin, j'essaie de ne pas trop tourner en rond dans ma tête en pensant à tout ça, mais ce n'est pas toujours aisé. J'ai vraiment encore à apprendre sur les choses humaines.

Là c'est le gros stress. Je n'ai peut-être jamais autant stressé de ma vie quoi, à part devant les résultats d'admissibilité peut-être. Mais c'est un stress différent de celui des concours, là c'est surtout la peur de l'inconnu et... l'excitation. Dans, quoi, trois heures, le gros délire commence. Mon dieu mon dieu mon dieu. Et vous savez ce qu'on se dit toujours sur l'X ? Si j'ai réussi à y entrer, c'est que c'est pas si bon que ça.

Mais au moins, petite note positive, ces vacances n'ont pas été aussi fastidieuses et ennuyantes que ce que j'aurais pensé au premier abord, juste après m'être fait largué. Voire très peu en fait puisque de façon inattendue j'ai plutôt passé deux chouettes semaines - de geekisme, certes, mais reposant et sympathique quand même. Merci aux compagnons d'ennui, bien sûr.

Et à dans un mois !

samedi 04 juillet 2009

On ne se refait pas

Même s'il vaudrait mieux dans mon cas. Ces derniers temps j'ai eu l'occasion de croiser trois amis différents, que je n'avais pas vus depuis un certain temps - un de sup', un de première et terminale, et un du collège.

Le verdict semble non seulement assumé et assuré mais en plus visiblement unanime pour chacun des trois. Ils me prennent tous pour un énorme glandeur, qui peut être super fort s'il se met à bosser. C'est d'autant plus clair pour les deux qui m'ont connu dans des situations scolaires un peu tendues (l'ami de terminale et celui de sup'), qui, le plus explicitement du monde, ont très vite conclus que "ha, si t'es là (là = à l'école polytechnique, lorsque je passais les oraux), c'est que tu t'es mis à bosser, et donc t'as tout défoncé, c'est ça ?".

Alors - bon, passé la simple fierté concomitante au compliment qu'ils puissent me trouver très fort alors que ce n'est vraiment pas mon sentiment - ces points de vue si similaires me font forcément m'interroger un peu, puisqu'il doit y avoir un fond de vérité. Non que je ne me prétende pas glandeur ! J'admets bien volontier cette partie-là, il faudrait vraiment être aveugle ou particulièrement borné (...voire compact) pour le nier. Non, là où je m'interroge, c'est comment j'ai pu le montrer à ce point. Je veux dire - certes, j'ai des souvenirs assez flous - mais en sup' par exemple, je travaillais quand même pas mal. Je faisais l'essentiel de mes DMs (sauf à la fin de l'année, mais là plus personne ne les faisait), je révisais plus ou moins sérieusement mon cours... je ne devais certes pas donner l'impression d'être un bourreau du travail, mais de là à donner celle du glandeur qui réussit tout quand il commence à bosser ! L'interrogation est à peu près la même pour la terminale - je ne travaillais pas forcément beaucoup parce qu'il n'y avait pas beaucoup à travailler, mais je ne faisais toujours l'essentiel et l'obligatoire. Ai-je diable un air si désinvolte (voire nonchalant) ?

Mais encore plus mystérieux à mes yeux, je me demande vraiment d'où leur vient l'idée que je puisse être super fort en me mettant à bosser. Non parce que sur ce point, il me faut être clair - je ne me suis jamais mis à bosser particulièrement à un moment en sup' ou en terminale (ça a été éventuellement le cas en 3/2 ou en 5/2 à divers moments, mais pas trop dans les années d'avant). Donc soit ils me refusent le droit d'être fort en ne foutant rien (bon ça c'est de la provocation, oublions :D), soit ils doivent l'inventer purement et simplement. Donc je dois vraiment donner l'air d'un type fort, plus ou moins malgré moi.

Ce qui me dérange, dans ces impressions (oui parce que je ne raconte pas tout ça juste pour me faire mousser, même si j'aime bien), c'est tout d'abord qu'il me semble vraiment s'agir bien plus d'une image de "fort en maths", que d'une réalité, et je ne comprends pas très bien d'où elle peut leur venir. Je veux dire, forts (scolairement), ils le sont aussi (si j'omets l'ami du collège) et par rapport à eux, je n'ai rien de fort ; ce sont eux-mêmes des types doués que j'admire par ailleurs beaucoup, qui ont eu en globalité de meilleures notes que moi dans quasiment tous les domaines, et je ne pense pas qu'ils soient par exemple impressionnés par une mention TB qu'ils ont eue eux aussi. Je n'imagine donc pas qu'ils puissent me trouver particulièrement doué juste à cause de mes notes (ce qui serait d'ailleurs un peu absurde) ; mais si je cherche plus loin, dans les conversations que j'ai par exemple pu avoir avec eux sur des sujets scolaires, je ne me suis jamais donné l'impression moi-même d'être ingelligent, c'est plutôt l'inverse : je me crois et me sais pertinemment, pour le coup, particulièrement lent à bien prendre la mesure d'un problème que l'on m'évoque juste à l'oral en discutant. Partant de là, une attitude que j'ai pu avoir emprunter ou moins souvent, c'est le bluff - "oui, je vois" alors que je vois rien du tout. Ou la désinvolture insouciante - "On pourrait faire ça" alors que je n'ai aucune espèce d'idée de si c'est ingelligent ou même légitime. Bref : je devrais plus donner l'impression d'un type un peu lent, ou alors d'un type un peu bluffant, que d'un type un peu brillant quand il veut bien en faire l'effort. Des fois j'ai l'impression d'être un imposteur.

Et ensuite, ce qui me dérange encore plus, c'est de donner à ce point cette impression de glandeur, notamment à mon frangin. Je ne sais pas s'il me voit vraiment comme un exemple, mais si c'est le cas je m'en voudrais de le lui en donner un trop mauvais. Parce qu'il faut bien avouer, quand même - quelque chose que je puis admettre du bout des lèvres - que si je suis un peu glandeur, j'ai les capacités de l'assumer tout en me maintenant au (meilleur) niveau. Et si ce n'est pas son cas, et s'il suit trop mon exemple et pas assez celui de ma soeur... je risquerais de m'en vouloir un peu. Et de manière générale, j'ai peur qu'il vive assez mal sa prépa s'il s'avère moins doué que moi tout en bossant plus.

Enfin, on se refait pas je disais : mes camarades actuels me trouvent aussi toujours autant glandeur de toutes les façons. Y en avait même un qui s'étonnait sincèrement de me voir bosser au CDI, genre à peine deux semaines avant les concours, là ça en devient vexant... La réponse d'un ami il y a quelques semaines après que je lui aie posé un exo un peu original que j'avais résolu en khôlle le jour d'avant : "Tu fous rien, mais t'as une certaine classe quand même". On se refait pas, mais j'aurais quand même aimé pouvoir me targuer de quelque chose d'un peu plus glorifiant...

lundi 01 juin 2009

L'autisme doucâtre

Je ne sais pas si vous avez déjà eu cette impression de manquer de spontanéité. Je veux dire, pas celle qui vous fait regretter de n'avoir pas réussi à rabattre le caquet de l'abruti qui vient de se moquer de vous dans la rue ; non, la vraie spontanéité, à la fois plus courante et plus profonde, celle qui suppose de réfléchir en live, d'activer vos neurones pour répondre à une question au quart de tour par exemple.

J'ai parfois l'impression que ça m'arrive tout le temps. C'est un peu la sensation d'avoir le cerveau gelé, comme s'il n'arrivait plus à réfléchir. Comme s'il était pris de court, comme si dès qu'il faut improviser, non, c'est trop dur. C'est peut-être par exemple arrivé à presque tous les taupins, au cours d'une khôlle, surtout au début, lorsqu'on a du mal à réfléchir rapidement sur quelque chose qui après coup est évident, et plus l'on sent le khôlleur se raidir de son silence, plus l'on est bloqué. C'est un peu une situation d'attente, quelque part, où la seule chose que l'on arrive à faire est de se repasser les termes de la question en tête sans les comprendre, et d'entendre une voix au fond de soi dire "et alors, c'est cool, on a la question, il va la donner la réponse maintenant ?".

Mais là il y a le stress de l'examen ; je parle de la même impression, mais dans la vie de tous les jours. Une fois par exemple, j'avais croisé par hasard une amie dans Lyon, qui m'avait demandé si je voulais venir au resto avec elle et d'autres amis quelques jours après. Et là, c'était exactement pareil ! Je me suis senti complètement bloqué, comme s'il y avait quelque chose dans la question que je n'arrivais pas à saisir. L'air de rien, je lui dis que je lui répondrai plus tard, que je verrai ; deux minutes après, dans le métro, me vient soudainement à l'esprit que c'était tout vu, que je pouvais parfaitement y aller et qu'il n'y avait rien de compliqué à comprendre dans sa question.

Voilà, c'est plutôt de ça que je parle. Comme si, en situation d'impro totale, les méninges se bloquaient. En fait, c'est marrant, c'est comme si, plutôt, je n'arrivais pas à réfléchir par défaut ; comme s'il fallait, pour mener la plus petite réflexion, faire un effort de concentration relativement important, et comme si cet effort n'avait rien d'automatique. En son absence, les choses me passent à travers la tête sans laisser aucune empreinte. Sans faire l'effort conséquent de réfléchir je serais un débile léger, et en situation d'impro, je ne ferais pas cet effort.

Mais là où c'est encore plus fun, c'est que parfois, quand je n'essaie pas de savoir si ce que je dis est juste ou même rien qu'intelligent, disons, quand je laisse complètement parler mon inconscient, spontanément, alors aucun problème, c'est souvent pas débile et en général le genre de réponse que je sortirais après une minute de réflexion. Enfin c'est terrible quoi, comme si finalement réfléchir me rendait au pire débile, et au mieux lent, par rapport à la situation où je n'essaie même pas de faire quoi que ce soit...

Haha, bon, en fait, ça doit juste être la peur de dire des bêtises qui me bloque, quelque chose entre le manque de confiance en soi et le souci d'être juste. Mais c'est fun ; il a fallut que j'écrive tout ça pour m'en rendre compte. Comme quoi, réfléchir, c'est vraiment, vraiment pas un réflexe.

jeudi 28 mai 2009

"Ne suis-je pas alors ce que j'étais auparavant ?"

"Et comment se peut-il donc faire qu'il y ait une aussi grande différence entre moi-même et moi-même, comme il y en a entre ce moment auquel je m'endors, et celui auquel je m'éveille ?" Je cite ici saint Augustin qui s'interroge sur les changements de son être. Oui, car n'en déplaise à Michel Leiris, l'être change quand même, le vrai je veux dire, l'être concret, celui qui vit et agit en soi et qui ne se remet pas sans cesse en question selon quantité de principes philosophiques plus ou moins obscurs.

Mais tout le monde en a sûrement fait l'expérience. J'ai très souvent l'impression, quand je vois par exemple un vieil article que j'ai écrit, que je serais incapable de le refaire actuellement. Ou plus prosaïquement mais exactement de la même façon, je suis tombé sur des exercices que j'avais fait au cours de l'année et ai éprouvé les plus grandes difficultés du monde à les refaire. Comme si, voilà, un jour l'on était ingelligent, et puis cela changeait ; comme si un jour l'on était capable, et après plus, ou moins. Bon, le fait qu'il est beaucoup plus facile de voir ce que l'on est incapable de faire que ce que l'on sait faire donne assez aisément l'impression d'être de plus en plus nul au fil du temps, ce qui est certes éventuellement vrai mais un peu de bon sens nous convainc que c'est a priori faux ; mais toujours est-il que l'on change, soi, dans sa façon de voir et d'aborder le monde.

Mais je ne comprends vraiment pas que cela impressionne Augustin, ou semble une chimère pour Leiris, ou plus généralement semble dommageable à un certain nombre de gens (enfin sauf à l'expliquer par ce que j'ai dit au dessus : on voit les échecs, et non les succès, de l'évolution). C'est quand même formidable de pouvoir changer. Devenir autre. C'est vraiment un rêve quelque part - devenir ce que je veux être, et pas forcément ce que je suis actuellement. C'est un peu aliénant sur les bords, mais bon. Quand on y pense, tout semble possible, et c'est grisant.

Mais ce qui est encore plus réjouissant, dans la perspective du changement, c'est que même en allant de l'avant, on peut revenir en arrière. Je veux dire, un changement n'est a priori jamais définitif, sauf en thermodynamique mais heureusement, l'homme n'est pas un animal très entropique. Et franchement, avoir le choix, c'est quand même chouette. J'adore avoir le choix. C'est paradoxal, alors que j'ai toujours du mal à me décider (comme quoi avoir le choix ne veut pas dire choisir...).

lundi 25 mai 2009

Alors moi je sors, et je me commande un steak-frites

C'est le matin. Vous vous réveillez doucement, ouvrez les yeux, progressivement, enfin vient un moment où vous avez conscience d'être éveillé, vous ne savez pas combien de temps exactement, mais vous l'êtes. Votre première envie est de vous rendormir. Pourquoi sortir de ce lit si chaud, si doux, pour aller dans une chambre froide et ventée, attendre un train dans une gare froide et ventée, marcher dans des rues froides et ventées ? Mais il est l'heure de se lever, vous allumez donc la lampe de chevet pour ne pas vous rendormir. Des dards lumineux piquent vos yeux fermés immédiatement, mais c'était pour la bonne cause. Bon allez, on se motive.

En cherchant cette motivation, toujours allongé et immobile, vous revivez vos rêves de la nuit soudainement, rapidement ; ils vous reviennent en mémoire presque tous d'un seul coup, presque en un choc, bien qu'ils soient sensiblement éloignés, comme s'ils étaient revécus à la jumelle. Vous ne vous en souviendrez plus d'aucun bientôt. C'est drôle de voir comment les rêves sont surtout faits de sentiments, alors qu'on les raconte souvent comme des histoires. Il ne s'y passe rien, ou pas grand chose, ou c'est pas clair, ou vous n'en avez cure, de toutes les façons ce qui était beau c'était les sentiments. Cette impression de tristesse infinie mais assumée pour l'un. Ou de résignation digne et absolue pour un autre. Ou de sérénité parfaite une autre fois. Il y a peu de sensations qui étreignent autant le coeur - car il s'agit bien presque d'une sentation physique ici, tellement le sentiment semblait palpable.

Après quelques minutes, vous vous éclaircissez l'esprit encore plongé dans les rêves, pour rencontrer la motivation en train d'arriver joyeusement. Rejeter la couverture et affronter la fraicheur de l'air ambiant pour vous habiller semblait être un obstacle infranchissable avant, mais là ça devient parfaitement faisable. Avant c'était un mur infini, là c'est pas plus haut que l'Everest. Allez, c'est facile de grimper l'Everest, vous le faites tous les matins... vous vous levez, la journée commence.

Vous êtes joyeux. Il faut beau ; au moins tant que vous n'avez pas ouvert les volets, il fait beau, et puis même après, même si le ciel est gris, il fera encore beau. Typiquement, vous avez presque envie de chanter avec Claude François que quand le matin, vous voyez le soleil, le matin... Ou alors avec MC Solaar que today's a good day. Ce matin, tout va bien. Tout va toujours bien le matin, de toutes les façons. C'est chouette un matin, c'est nouveau, c'est un commencement, tout reste à faire. C'est une nouvelle journée à vivre, rien de foireux ou de mauvais n'est encore arrivé, tout est à gagner. Cela ne peut qu'être positif. Les soucis, les angoisses, les tourments, ils auront bien le temps de venir vous titiller l'esprit et vous alourdir l'âme. Pour l'instant la vie est encore belle et légère. Qu'il est plaisant d'être naïf, et de le savoir en plus. Vous souriez.

Et puis la journée se déroule. Vous croisez des gens, des visages, des amis, des personnes. Des gens quoi. Autrui. C'est chouette de vivre en société quand même. Globalement vous restez joyeux. Dans la vie faut pas s'en faire, paraît-il. Toutes les petites misères sont passagères... et puis vous n'avez pas un caractère à vous faire du tracas, ça c'est clair. Mais comment être maussade, grincheux, renfrogné ? Vous ne pouvez pas, vous ne savez pas prendre la vie du mauvais pied. Il est bien question de capacité ici - car intrinsèquement, vous ne pouvez pas. À toute chose malheur est bon ; every cloud has a silver lining, disent les anglais. Derrière chaque nuage, il y a un rayon de soleil. Dans tout ce qu'il se passe, tout ce qu'il vous arrive, il y a toujours quelque chose de positif ; et le reste... le reste s'oublie. S'omet plutôt. Se met de côté. Le reste peut s'améliorer. Il y a ce qui est positif, et ce qui ne l'est pas encore. Et si le reste est quand même trop dur, il suffit de siffloter une chanson. Le pouvoir de la musique est vraiment fantastique ; elle peut redonner le moral en trois notes harmonieuses, un accord bien senti, un bon rythme... Et puis, et puis, il y a les autres, et les autres - ha ! - ne méritent pas de vous voir malheureux. Non. C'est si intéressant les autres ! Pourquoi les embêter avec ses tracas personnels qui ne les concernent pas ? Et quand bien même ça les concernait pourquoi leur en vouloir, alors qu'ils sont, en général, vraiment de bonne volonté ? Et quand bien même on leur en voulait pourquoi les déranger alors que ça ne ferait plaisir à personne et ne servirait à rien ? C'est rabat-joie ; c'est horrible d'être rabat-joie. Et ça serait injuste. L'équation est simple : il est moins fatigant d'être de bonne humeur que de mauvaise, et il est même plus gratifiant d'être de bonne humeur, pour vous, comme pour les autres. Donc vous êtes de bonne humeur ; cela n'empêche pas d'avoir des problèmes, mais même les problèmes peuvent se régler dans la bonne humeur, après tout. La journée se déroule, globalement vous êtes joyeux. Pas forcément content, ni satisfait. Mais enjoué.

Et puis la journée s'achève. Le soir tombe. Les voix deviennent chuchotantes, plus sérieuses ou plus graves, les gens se séparent. Et vous retrouvez la solitude, que vous aviez trompée un temps et plus ou moins superficiellement avec votre société durant la journée, et la mélasse mielleuse de bonne humeur et d'engouement aimable qui vous habitait commence à couler petit à petit, laissant affleurer vos soucis, vos tourments, vos questions et vos contradictions. Et alors, enfin alors, qu'est-ce qui a vraiment changé, entre ce soir et, par exemple, hier soir ? Hein, qu'est-ce qui a vraiment changé ? À part un jour de plus... alors parfois, parfois, il est temps de s'endormir, parfois, pour ne pas trop s'en vouloir, peut-être pour ne pas pleurer. À part en rêve, éventuellement.

Ça, c'est ma vie.