Shkdee's weblog

mardi 29 décembre 2009

À l'ombre du moulin enfin posé !

alombredumoulinpose.jpg

À l'ombre du moulin posé, vous connaissez ? C'est un blog, enfin plus une BD qu'un blog, qui raconte une histoire un peu folle dans un monde un peu fou, d'une façon parfois drôle, parfois poétique, souvent belle, et plutôt bien servie par un style de dessin que j'apprécie personnellement beaucoup et dont vous pouvez voir un aperçu ci-dessus. C'est une chouette histoire, et en plus, c'est une histoire qui est maintenant achevée ! Comme vous n'aurez donc plus à en guetter la fin, je vous encourage vivement à aller la lire le plus vite possible, vous ne le regretterez pas ; et ça se passe chez caro.

Pour l'anecdote, l'auteure est Caroline Cherrier, dont vous avez peut-être entendu parler de la sœur, Marie Cherrier, qui est chanteuse et dont j'aime par ailleurs assez bien la musique (il n'y a à part ça pas de rapport direct entre l'une et l'autre, je les ai découvertes de façon indépendante...).

Je n'ai pas encore bien déterminé à quel point l'histoire racontée dans l'ombre du moulin posé est inspirée de la vie de son auteure (enfin comme je connais pas sa vie, forcément, c'est dur de conclure). Mais il me parait certain qu'on y trouve au moins des éléments (... comme sa soeur).

dimanche 29 novembre 2009

Le petit billet qui va bien

Vous êtes-vous déjà penchés sur cette délicieuse périphrase qui va bien qui est, justement, "qui va bien" ? Depuis que je suis en stage, j'ai l'impression de l'y entendre très souvent. Et plus elle va bien, plus elle me fascine. Ce qu'elle a de merveilleux, d'abord, c'est sa polysémie : "La modification qui va bien", "le marché qui va bien", "le logiciel qui va bien", "le billet de train qui va bien", jusqu'au "petit groupe qui va bien" sur facebook, on la déguste à toutes les sauces. Selon les cas, on peut essayer de la traduire par adéquat, adapté, correspondant, idoine, mais aussi correct, suffisant ou même nécessaire... finalement, c'est qu'elle peut vouloir dire un peu tout et n'importe quoi ; d'ailleurs en ce sens elle va bien elle-même, et signifie maintenant pratique. Elle a une liberté d'interprétation vraiment large.

Bon, si ce n'était que ça, à la limite... Mais ce qu'elle a de doublement merveilleux, c'est que son caractère résolument suggestif et flou incite assez puissamment à l'interprétation ; ainsi, chaque interlocuteur d'une conversation traduit cette expression par un sens qui va bien, et vu le vaste champ d'interprétations possibles, il y a toutes les chances du monde que ces traductions ne coïncident pas. Donc on arrive à une large incompréhension générale alors que tout le monde pense savoir précisément de quoi il parle, c'est à la fois génial et navrant.

C'est génial, parce qu'on a pas le sentiment en l'entendant que la formule est tout à fait nébuleuse. Parce qu'on ne dit pas "machin" ou "truc" non plus ; on utilise une périphrase qui peut, après tout, avoir la qualification la plus précise... puisqu'elle est laissé parfaitement libre d'interprétation ! En fait, cette expression ne qualifie pas comme un adjectif le fait ; elle décrit la conséquence de la qualification qu'elle devrait apporter. Un peu comme si, en voulant insulter quelqu'un, je disais "Je t'insulte !" plutôt que "Sale connard !" - c'est quand même beaucoup moins démonstratif. Je ne sais pas s'il a un nom, ce procédé qui consiste à remplacer un mot par une expression qui décrit son emploi et son effet, qu'on retrouve par exemple dans cette célèbre citation de bash.org ; mais je le trouve généralement toujours très drôle, et un peu fascinant.

Et c'est navrant, parce qu'après deux ou trois "qui va bien" qui vont bien dans une conversation, chacun a bien sa propre idée de ce qu'il dit, mais ne s'intéresse ni de savoir si les autres ont cette même idée sur ce qu'il dit, ni de comprendre ce que les autres veulent réellement dire. Chacun y va de son petit mot qui va bien, sans se préoccuper des autres. Il y a un côté culture du dialogue de sourds derrière tout ça...

Ce qu'il est intéressant de noter, c'est que je ne crois pas avoir utilisé ou entendu cette expression une seule fois en prépa, où l'on essaie quand même d'être précis et de communiquer un peu correctement (imaginez un "et là on applique le petit théorème qui va bien et le résultat est acquis" sur une copie de concours...). Alors qu'à l'armée ou la police, je la redécouvre tous les jours...

mardi 24 novembre 2009

Petite énigme combinatoire

Allez, comme les maths me manquent (non, vraiment), je vous pose une petite énigme (enfin grande par l'énoncé, mais c'est parce que j'essaie d'être très compréhensible), pour illustrer l'immense puissance des mathématiques. Je ne vous demande pas de la résoudre, quoique ça serait intéressant si vous essayiez, mais vous avez peut-être mieux à faire ; je vous demande juste, au moins, de lire l'énoncé, en taisant tant que ce n'est pas fini la petite voix qui vous murmure dans votre tête "non mais c'est complètement tordu ton truc, mec" ; puis éventuellement, à la fin, de vous extasier d'un beau "haaa, que c'est grandiose les maths !", ou sinon de vous en foutre d'un désinvolte "On est content d'être heureux...".

Voici l'énoncé :

Vous faites partie d'un groupe de 500 personnes, rassemblé dans une grande pièce. On donne à chacune de ces 500 personnes un numéro différent entre 1 et 500 (donc il n'y a pas deux personnes ayant le même numéro), mettons que vous recevez le numéro 37, vous êtes le seul à l'avoir, jusqu'ici tout va bien. Dans une autre pièce attenante à celle où votre groupe est rassemblé, il y a 500 casiers. À l'intérieur (donc invisible de l'extérieur, tant que le casier n'est pas ouvert) de chacun de ces 500 casiers est disposé un numéro entre 1 et 500, marqué sur un bout de papier, avec encore une fois aucun doublon : il n'y a pas deux casiers avec le même numéro à l'intérieur. L'on a donc 500 personnes avec toutes un numéro différent d'un côté, et 500 casiers avec tous un numéro différent de l'autre. Tour à tour, chacune des 500 personnes de votre groupe va se rendre dans la pièce aux casiers, et ouvrir puis refermer jusqu'à 250 casiers, pour voir le numéro qui se cache à l'intérieur. S'il voit dans l'un de ces 250 casiers le numéro qui correspond au sien, il gagne, sinon il perd. Dans tous les cas, il retourne dans l'autre pièce, et n'a pas le droit, en aucune manière que ce soit, de communiquer avec les autres personnes du groupe (de sorte qu'en entrant dans la salle des casiers, personne n'ait déjà une idée de quel casier renferme quel numéro). Par exemple, supposons que ce soit votre tour d'y aller : vous ouvrez un premier casier, vous y trouvez, disons, le numéro 412. Ce n'est pas le votre (je vous rappelle que vous avez le numéro 37), vous refermez le casier, vous en ouvrez un second, vous y trouvez le numéro 125. Toujours pas bon, vous refermez, vous en ouvrez un troisième, etc, et ce 250 fois. Si à un moment vous avez trouvé le numéro 37 dans un casier, vous avez gagné, sinon vous avez perdu.

On suppose que dans une journée, tout le monde a eu le temps d'aller ouvrir ses 250 casiers. Votre but, à vous les 500 personnes, est que tout le monde ait gagné dans la même journée : il faut que chacune des 500 personnes ait ouvert au moins une fois le casier contenant son numéro, parmi les 250 qu'elle a ouverts. Si ce but est atteint, vous gagnez tous un grand voyage en Australie et le jeu est fini ; sinon, on considère que tout le monde a perdu, et on retente la chance le lendemain, en mélangeant les numéros dans les casiers pendant la nuit (comme ça, encore une fois, personne n'a déjà une idée de quel casier renferme quel numéro en entrant le lendemain dans la salle, même ceux qui ont très bonne mémoire).

Vous pensez vous laisser aller au désespoir devant l'impossibilité de la tâche, lorsque l'une des personnes de votre groupe (sûrement un normalien...) s'exclame : "si on suit ma méthode, au bout d'une semaine, on aura plus de 9 chances sur 10 d'avoir gagné un voyage en Australie !" Comment fait-il ?

Fin de l'énoncé

Hé oui, comment fait-il ? C'est cela qui est intéressant. Mais voyons au moins pourquoi la tâche peut sembler impossible de prime abord : si chacun choisit ses 250 casiers au hasard - comme il n'y a aucune information préalable sur quel casier renferme quel numéro, cette méthode peut paraître aussi bonne qu'une autre - il a en somme une chance sur deux de trouver, parmi les 250 numéros, le sien (en effet, c'est comme si on tirait un numéro au hasard entre 1 et 500 : il a une chance sur deux d'être dans les 250 premiers, et une chance sur deux d'être dans les autres, les 250 derniers). Donc chacun a une chance sur deux de gagner. Donc deux personnes ont une chance sur quatre de gagner toutes les deux (à ceux qui comprennent : les événements sont indépendants, donc multiplication des probabilités). Continuons le calcul : 500 personnes ont 1over2exp500.gif de chances de toutes gagner la même journée, soit, en valeur approchée :

1over2exp500approx.gif

Autrement dit rien, mais rien, rien ! À ce rythme là, il vous faudrait environ 10150 jours pour avoir ne serait-ce que 50% de chances de partir en Australie, soit quelque chose comme un milliard de milliards de milliards de [...] de milliards d'années, en alignant comme ça 49 fois le mot milliards. Il y a des milliards de fois moins d'atomes dans l'univers que d'années nécessaires. Les kangourous vont vous attendre, hein... alors qu'avec la méthode de l'autre normalien, là, avec sa bonne tête de génie et ses cheveux en bataille, vous avez 90% de chances de siroter un cocktail à Sydney à peine sept jours plus tard. Ça paraît délirant, non ?

Il y a deux parties dans l'énigme, en fait : la première, trouver la méthode géniale ; la seconde, voir pourquoi ça marche. Sachant que si le calcul prouve effectivement que ça marche, il n'est pas évident, en voyant juste la méthode, qu'elle soit vraiment plus efficace que notre méthode naïve qui consiste à choisir au hasard (on aurait même l'impression qu'elle l'est moins, car elle n'exclut pas qu'une personne ouvre plusieurs fois le même casier) - alors que le résultat est là, sans appel et conforme à ce qu'annonce le normalien.

C'est puissant, les maths, non ? Non ?... Vous êtes contents d'être heureux vous aussi ? Allez, je vous donnerai la solution dans quelques jours, dans un autre billet ou en commentaire, promis. Peut-être que ça intéressera quelqu'un ! Un indice : on peut donner des numéros aux casiers aussi.

Édition : voici la solution, dans un document qui reprend initialement l'énoncé. Si la démonstration mathématique ne vous intéresse pas, à la limite, oubliez ce document et allez plutôt voir l'explication que je donne en commentaire, j'y explique les choses un peu plus simplement.

dimanche 08 novembre 2009

Hyperthèque

Connaissez-vous Asaph ? Asaph, c'est un système de microblogging (comme dotclear ou wordpress sont des logiciels permettant de créer des blogs) qui permet essentiellement - voire uniquement - de partager liens insolites, images remarquables, vidéos curieuses, enfin, en somme, les fruits de son exploration sur le net. C'est immensément plus simple qu'un vrai blog, et c'est immensément plus fun d'utilisation.

Il y a un peu plus d'un an, j'avais mis en place, parallèlement à ce blog, un tel système, initialement dans deux buts : d'une part, garder une trace des liens marrants que je trouve ; d'autre part, partager facilement avec Elsa nos diverses découvertes sur le net, et a priori relativement confidentiellement. Ce dernier but a moins de sens maintenant, pas directement parce que nous sommes séparés (enfin ça rend quand même la confidentialité moins utile) mais parce que depuis quelques temps j'utilise plus facebook, et donc hésite un peu tout le temps entre partager un lien sur facebook (ce que je n'ai pas toujours envie, j'aime pas beaucoup *flooder du link* ; et puis facebook n'est vraiment pas adapté pour partager juste une image par exemple) et juste le conserver sur Asaph.

Par ailleurs, ultimement, depuis que j'ai relancé ce blog, j'ai pour objectif de le fusionner avec Asaph. Parce que j'adore Asaph, tant dans son concept que dans sa présentation, et parce que des fois j'hésite aussi entre partager un lien sur le blog, et le conserver sur Asaph. J'en ai marre d'hésiter, surtout que je choisis immensément plus souvent Asaph, juste par automatisme et parce que c'est plus simple. Or, alors que je pensais mettre en place cette fusion plus ou moins rapidement (refaire le design du blog était un objectif du mois précédent, vous vous souvenez ? cela fait partie de la fusion... et j'ai préféré jouer à la coinche jusqu'ici), je m'aperçois que je risque de faire traîner les choses encore un bon bout de temps, ce qui me désole un peu.

En conséquence, je préfère vous faire partager à tous ce répertoire de liens (cette "hyperthèque", comme je l'ai nommée...) que je complète constamment : vous y accéderez à cette adresse, ou en cliquant sur le lien dans le menu de droite. Je pense que vous apprécierez de le parcourir !

Note à l'intéressée : j'ai en principe supprimé les liens et remarques trop personnelles qui y traînaient. Mais si tu veux tout de même changer ou supprimer (voire ajouter) quelque chose, ton accès existe encore...

samedi 07 novembre 2009

Pourquoi j'arrêterai pas de chanter des chants mili


Voilà pourquoi.



D'accord, ils sont militaires, ils sont lents, les syllabes de fin de vers sont mangées, ils ne servent parfois qu'à marcher bêtement, et ils ne valent pas un bon morceau des Who. Mais certains valent quand même le coup.

Voir aussi Ceux du Liban et Sari Mares, dans les moins moches, voire les plus beaux, de ceux que j'ai pu entendre.

Histoire de répondre au dernier commentaire de Maryana... :D

mercredi 21 octobre 2009

J'ai plein de copains, mais pas d'amis...


Que cette chanson est belle ! D'abord parce qu'elle est triste, ou mieux que triste, à la fois nostalgique, mélancolique et très sombre, presque désespérante ; ensuite parce qu'elle est bien chantée et surtout bien composée – ha, comme les paroles s'enchaînent si harmonieusement ! J'aimerais pouvoir faire des phrases qui coulent aussi joliment. La première fois que j'y ai porté attention, j'ai trouvé cette chanson merveilleuse quoiqu'un peu délicate. Lorsqu'on a vingt ans, gaspiller le temps, forger des projets, faire des folies, critiquer le monde avec une désinvolture toute détachée, ça me paraît plutôt naturel. Même, on aurait l'intention de perdre son temps à ne pas le faire. Évidemment, ce point de vue doit changer vers quarante ou soixante ans, même sans porter un regard aussi peu indulgent que celui de Charles Aznavour sur sa vie passée. Mais malgré ce manque de clémence manifeste de l'auteur pour celui qu'il était lorsqu'il avait vingt ans, cette chanson m'avait quand même fait un peu méditer. J'avais probablement une inclinaison momentanée pour une certaine nostalgie aussi, comme souvent depuis, disons, cinq mois, ce qui aide à la réflexion. Toujours est-il que j'ai eu du mal à ne pas me demander où moi je pouvais me situer, dans ce cadre tracé par cette chanson. Comment, dans vingt, dans quarante ans, je verrai rétrospectivement cette période de ma vie ? Comme un échec total, comme une jeunesse un peu morne ou timide, comme une période joyeuse et plaisante ? Est-ce que je suis en train de rater ma vie ? (ou, plus sombrement, est-ce qu'*on* est en train de rater ma vie ? - mais je sors de ces délires là)

Bien sûr, la question est un peu trop vaste et complexe pour que je puisse y répondre. Mais néanmoins, lorsque je contemple ma vie actuelle, en essayant de donner un sens ou une explication à mes actions et mes décisions, vraiment, dans une certaine mesure au moins, je me demande si je ne passe pas à côté d'éléments relativement essentiels à cette vie qui est la mienne, et que je pourrais regretter avec plus ou moins d'amertume. Je vais essayer de ne pas être trop fouillis dans ce qui suit, il y a plusieurs idées différentes, et j'aurais en temps normal écrit un billet pour chacune, mais les choses ont tendance à se télescoper dans ma tête, et puis j'ai envie de limiter les billets où je raconte ma vie, surtout pour évoquer mes états d'âme. Je ne sais même pas qui lit encore régulièrement ce blog, qui aura le courage de lire ce long billet, qui s'y intéresse vraiment et qui me trouvera juste encore une fois péteux. Mais ce blog reste néanmoins un des seuls liens un peu intimes qu'il me reste avec certaines personnes – enfin ! si elles le lisent, ce que j'espère – que je n'ai pas vraiment le courage de contacter par ailleurs pour l'instant (je suis lâche). Ces trois derniers billets relatant ma vie et mes impressions pendant le mois de septembre, par exemple, je les ai écrits essentiellement, voire uniquement dans l'espoir de donner des nouvelles à Elsa, et d'intéresser les quelques gens avec qui j'ai passé du temps cet été (Mariana, Pierre, quelques autres)(plus éventuellement Camille, à qui je pense souvent lorsque j'écris un billet). En revanche, je ne les ai ni écrits à l'attention de tout mon éventuel lectorat (ce qui est relativement méprisant), ni dans la prime idée de raconter ma vie (alors que c'est ce que j'y fais), ce qui me désespère un peu, puisque c'est une façon de jeter une bouteille dans une mer la plus totalement inconnue, sans aucune idée de si l'action est efficace ou non ; et aussi parce que cela va à l'encontre de ce que je voulais faire de ce blog, c'est à dire autre chose qu'un espère de bureau des pleurs où je viendrais cracher mes doléance au monde qui s'en moque bien. Bref, ça manque de sens.

Mais ce dernier point, j'ai déjà du m'assoir dessus depuis quelque temps, et j'arrive à un second point, parce qu'il me faut bien admettre que depuis que je suis séparé d'Elsa – non, je n'ai pas fini d'en parler, ni de le vivre –, je manque cruellement d'oreille attentive et privilégiée pour parler de ma vie. Vous vous en doutez probablement, mais si j'avais recréé si précipitamment ce blog (cela fait cinq mois depuis deux jours, tiens ; non, vous ne délirez pas, j'ai déjà évoqué cinq mois avant), c'est bien sûr pour me refaire un déversoir de pensées et d'états d'âme, d'abord parce que j'en débordais juste après cette séparation, ensuite parce que la personne avec qui j'aurais partagé tout cela avant, ben, c'était Elsa, donc il me fallait un remplacement, un pis-aller. C'est un peu triste d'en venir à me servir d'un blog pour évoquer mes petits tracas alors que je me l'étais interdit précédemment ; d'aucuns, par exemple, en parlent plus simplement avec leurs amis. Je ne me vois pas emprunter cette solution, parce que pour que je prenne la liberté d'aller pleurer sur l'épaule d'un(e) ami(e), il faudrait que notre relation soit si exclusive que cette personne pourrait difficilement être autre chose qu'au moins une petite amie (c'est un peu ironique, c'est quand Elsa est partie que j'ai eu le plus besoin d'elle...). De toutes les façons, même si l'occasion se présentait, je ne sais pas à quel point je pourrais actuellement commencer pareille relation avec une autre personne qu'Elsa (les habitudes se perdent difficilement : j'ai failli appeler « Elsa » plusieurs fois une fille avec qui j'ai passé un peu de temps durant la FMI, et non, ce n'est pas son prénom. Dans un autre registre, j'ai fait dernièrement plusieurs rêves où l'on se remettait ensemble... enfin j'ai l'habitude de faire des rêves pénibles au réveil).

Je ressens donc un certain vide relationnel depuis cinq mois, quoique ce ne soit pas toujours vrai : il se remplit vite, heureusement à partir de rien. Je ne sais pas si vous avez déjà eu l'impression que votre vie a nécessairement besoin de, disons, un centre de gravité. Quelqu'un de particulier autour de qui tourner, quelqu'un qui à qui l'on voudrait plaire, juste pour le plaisir de plaire, quelqu'un qui par sa simple présence vous donne un cadre, une référence par rapport à laquelle vous situer, par rapport à laquelle ajuster vos jugements, voire, éventuellement, qui vous offre de temps en temps un sens à vos actions. Ça m'est arrivé quelques fois ces derniers mois. Le seul souci est que c'est un genre de relation a priori purement à sens unique (donc ce n'est pas une relation, enfin je n'ai pas d'autre mot), ce qui n'est pas dérangeant mais demande une certaine force d'abnégation, donc c'est un peu limité.

Tout cela ne s'arrange pas beaucoup avec cette espèce d'instabilité sociale qui caractérise l'incorpo puis la FMI : on voit beaucoup de gens, on passe beaucoup de temps avec eux, et on les quitte très rapidement. Ça a été vrai dans une légère mesure avec des amis de sup' ou de Louis-Le-Grand que j'ai revus pendant l'incorpo et plus du tout après ; c'est surtout vrai avec toute la section : la cohésion au sein de la section est très, très encouragée et de toutes les façons nécessairement présente, donc l'on se retrouve tout d'un coup avec plein de gens (tous nouveaux dans mon cas !) qui prennent une place très importante dans son entourage relationnel immédiat, et puis au bout d'un mois, au revoir, on oublie tout, il ne s'est rien passé, tout le monde est re-dispatché dans tous les stages, et en particulier dans mon cas, l'on se retrouve avec encore d'autres gens, tous nouveaux eux aussi. Question découverte de nouvelles têtes, c'est génial. Mais ça crée là aussi un vide qui m'a un peu éprouvé. Psychologiquement et émotionnellement, ce n'est pas si anodin à vivre, ce premier mois.

Mais, bon, je suppose que toutes ces interrogations vaguement existentielles ne sont que très communes. La vie suit son cours, que je lui trouve vraiment un sens ou pas, et je suis de toutes les façons assez lunatique à ce propos, mon état d'esprit et mon moral changeant assez fortement selon... je ne sais pas, mais ils changent. Là, j'ai beaucoup plus le moral que lorsque j'ai commencé ce billet. Si le début est un peu sombre, c'est peut-être normal. Si cette fin est plus désinvolte, c'est aussi normal (enfin en considération de ces variations d'humeur, il n'est pas exclu que je mette ce billet à jour si ce que j'y ai exprimé me semble après coup trop extrême...).

dimanche 11 octobre 2009

Impressions militaires 3 : ce qu'il reste

Que reste-t-il ? J'ai encore l'impression d'avoir toujours faim. J'essaie de ne pas grignoter tout le temps. Mais plus généralement, ce qu'il reste, c'est le réflexe de préservation (… ou de vol) de ce qui passe à portée et qui pourrait être utile ; je m'explique : il y a un concept assez présent à l'armée, c'est de ne rien jeter, surtout en ce qui concerne la bouffe. Ça se comprend beaucoup pendant les bivouacs ; on ne jette pas ce qu'il reste des rations si on a plus faim, on les garde pour plus tard ou on les donne aux autres, de toutes les façons, ça servira. On l'étend facilement à la vie habituelle dans le camp, pas dans le sens où l'on ne jette rien mais dans le sens où l'on garde ce qu'on peut pour plus tard, si nécessaire (on a facilement des miches de pain qui trainent dans les poches, par exemple, soit parce qu'on a pas le temps de les manger pendant le repas, soit parce qu'on prévoit une activité physique et qu'elles seront de fait secourables si on a plus de barres de céréales). En déchargeant un camion où les stocks de l'ordinaire avaient été mis par erreur, par exemple, à la fin du séjour, on a eu l'occasion de se servir assez largement en petites barquettes de nutella (on a pas pris tout un carton, c'est trop pénible à planquer dans une chambre pour même pas un jour, mais la tentation était forte). Ou en rangeant le reste du barbecue, on a facilement pu détourner un carton de paquets de chips, etc. En fait, cela devient surtout une notion, d'une part, de garder tout ce qui peut être pris, et d'autre part, de se servir assez librement là où l'on ne se fait pas voir (et là où on ne peine pas trop les gens ; le reste du barbecue n'aurait servi à personne... on serait pas aller piquer les rations des autres gens non plus). Le dernier matin, en prenant au passage des boîtes de cirage qui trainaient dans un carton, on s'est demandé si on poussait pas la logique un peu loin... voler du cirage juste parce que c'est possible c'est un peu idiot quoi (en l'occurrence, ma boîte de cirage était presque vide, donc ça pouvait se justifier... plus ou moins).

Cette logique peut s'étendre au delà de la bouffe, à tout l'équipement militaire. Il se trouve, si je comprends bien le système, que les militaires paient eux-même tout ou partie de leur équipement (enfin ils perçoivent probablement un équipement de base sans rien débourser, mais ça s'arrête peut-être là). Si l'on perd quelque chose, il faut faire une déclaration à la hiérarchie et tout, c'est soulant. Donc la pratique, parfois, est simplement d'aller se servir chez les autres. Je suppose qu'entre les vrais militaires, les gens ne passent pas leur temps à se voler les uns les autres ; mais dans le camp, c'est arrivé d'aller, par exemple, trouver discrètement dans une autre compagnie une gourde perdue (s'en suit un espèce de jeu de chaises musicales qui prend fin à la réintégration du matériel, à la fin...). Là ça devient déjà plus discutable... mais bon, les cadres encourageaient le système. C'est à la fois drôle et décevant. Il n'empêche qu'à chaque fois qu'on laissait des sacs quelque part, pendant les bivouacs par exemple, on laissait toujours quelqu'un pour les surveiller, au cas où.

Non enfin rassurez-vous, on ne perd pas toute lucidité non plus, toute la promo n'est pas devenu un ramassis de voleurs ; tout d'abord, il y en a heureusement qui refusent la pratique et qui assument de perdre leurs trucs, et ensuite, ça se limite strictement à l'équipement militaire qui doit être rendu à la fin. J'ai perdu des trucs qui n'étaient pas à rendre, je ne suis pas allé les récupérer en douce autre part, personnellement... et je ne sais pas ce que j'aurais fait si j'avais perdu du matos à rendre.

Quoi d'autre ? J'ai appris qu'à peu près tout le monde chantait plutôt mal, sauf à plus de cinq ou six. J'essaie de garder l'habitude de faire du sport, et plus généralement de prendre mieux soin de moi (ce qui est quand même une partie de l'esprit des règles militaires, rendons-leur au moins cela). J'essaie aussi d'être parfois plus responsable et volontaire, mais j'aurais du mal à dire si c'est l'esprit militaire qui a véhiculé ça, ou si c'est juste une résolution que j'aurais faite plus ou moins inconsciemment suite à l'intégration en école.

Et quoi encore ? Le mode de vie militaire ne m'avait pas particulièrement dérangé, ni sur le coup, ni après coup ; si on me disait d'y retourner, je le ferais. Mais au bout de deux semaines de civil, je ne le regrette quand même pas.

Et quoi surtout ? L'impression globale qu'il me reste, c'est celle d'un tourbillon de gens nouveaux, ou de gens anciens retrouvés (notamment des amis de sup'), voire de gens anciens que je vois autrement. Et un tourbillon de découvertes. Tout va très vite, on découvre plein de choses en très peu de temps, et l'on partage un tissu très dense d'expériences assez riches avec ces nouveaux camarades, puis on les quitte aussi rapidement et on en retrouve d'autres (à l'ENSOP). Tout va très, très vite, tout tourbillonne sans cesse autour de soi, c'est assez... prenant. On s'investit beaucoup. Mais après coup, je me sens parfois un tout petit peu désorienté par ces changements de rythme assez brutaux. Entre autres nouveautés.

samedi 10 octobre 2009

Impressions militaires 2 : FMI

panneau-entree.jpg

Le second billet de la série, qui évoque les trois semaines de Formation Militaire Initiale (FMI) à La Courtine. Vous retrouverez toujours surtout mes impressions plus que des anecdotes précises et chronologiquement ordonnées, et encore une fois, aurez de nombreuses explications dans les notes de bas de page.

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mercredi 07 octobre 2009

Impressions militaires 1 : Incorpo

Premier billet d'une série de trois. Vous y trouverez de nombreuses notes de bas de page. Vous les consulterez probablement avec profit, elles contiennent les explications des nombreux mots d'argot militaire ou polytechnicien que j'emploierai, qui, bien qu'ils rendent mon propos légèrement ésotérique, vous mettront mieux dans l'ambiance.

Je vous rappelle que j'ai surtout essayé ici de retranscrire le plus fidèlement possible des notes que j'avais prises plus ou moins à chaud sur mes impressions lors de ce premier mois de stage à l'X. Elles peuvent être plus ou moins biaisées, relativement éloignées de la réalité effective, ou assez incomplètes. Il ne s'agit aucunement d'un récit du mois. Vous trouverez un peu plus de recul dans les notes de bas de page, en revanche.

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samedi 03 octobre 2009

Le programme du mois

Il apparaît que j'aurai bientôt enfin quelque temps libre chaque soir - si toutefois je ne le passe pas à jouer au tarot ou a la coinche, occupation fétiche depuis quelques semaines. Malgré une relative absence de connexion internet pratique à l'ENSOP, j'ai quand même un certain nombre de projets concernant ce blog et le site shkdee.info en globalité, dont je vais faire une rapide liste ici, en partie pour mémoire, en partie pour me donner la motivation de les mener à bien, en partie pour vous en avertir, vous lecteurs, parce que certains vous concernent :

  • Faire un (long) billet pour raconter l'incorpo et la FMI. Ou, plus exactement, pour retranscrire les quelques feuillets où j'avais tenté d'écrire à intervalles plus ou moins réguliers mes impressions et mes sentiments lors de ce mois assez riche en nouveautés. En essayant de minimiser, ou mieux d'expliciter la plupart des formules sibyllines qui caractérisent pour l'instant une bonne partie de ces notes
  • Faire un ou deux autres billets plus ou moins rattachés à ces notes, parler de mes états d'âme
  • Achever le design que j'avais initialement prévu pour ce blog, voire l'harmoniser avec le reste du site (qui est pour l'instant plutôt inutile et inutilisé, certes, mais c'est pour le plaisir)
  • Faire mes comptes (oui, bon...)
  • Programmer une fourmilière (Ôo) (en voilà une idée qu'elle est bonne ; l'idée est de programmer l'intelligence réduite d'une fourmi et d'en mettre plein ensemble qui interagissent en même temps pour voir ce qu'il se passe. C'est plus la partie "en mettre plein ensemble" que la partie "intelligence réduite d'une fourmi" qui m'intéresse au demeurant, donc l'intelligence devrait être vraiment, vraiment réduite, voire inexistante). J'en parle ici parce qu'évidemment, je ne pourrai pas résister au plaisir de faire ça en javascript, donc visible sur internet, bref, ce sera un truc comme le bac à sable
  • Allez, et bosser un peu sur la v3 (?)

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