Shkdee's weblog

Bric à brac

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jeudi 22 septembre 2011

Restons en forme

Vous avez de nouveaux voisins ; vous ne savez d'eux uniquement qu'ils ont deux enfants, mais rien d'autre, vous ne savez même pas s'ils ont deux filles, un garçon et une fille ou deux garçons. Comme vous êtes de voisinage agréable et de société accueillante, vous allez leur souhaiter la bienvenue et sonnez à leur porte. Un enfant vous ouvre, c'est une fille. Quelle est la probabilité[1] que le second soit un garçon ?



















Si vous pensez que le second enfant a une chance sur deux d'être masculin, réfléchissez encore.



















La réponse pour plus tard ! J'espère que cette petite réflexion vous aura agréablement échauffé les neurones : c'est la rentrée, il faut se remettre en forme et conserver l'esprit affuté. Car comme le dit le proverbe, cerebrum dormiens semper titillandus.



Notes

[1] On supposera bien sûr que le sexe de chaque enfant est équiprobable, donc que chacun a une chance sur deux d'être une fille, et une chance sur d'eux d'être un garçon.

samedi 03 juillet 2010

L'administration rend mou

Cela fait plus de deux mois que j'ai fini mon stage et je dois bien avouer que cette douce et lente torpeur qui m'habitait alors avait malgré tout quelque côté agréable : j'avais le temps de réfléchir à toute l'opportunité de la réponse à donner au moindre courriel que je recevais, à la meilleure pertinence de tous les moments potentiels où relancer un collègue, et jusqu'aux plus profondes conséquences métaphysiques qui pèseraient sur la moindre virgule dans la correspondance que j'entretenais. Bref, chaque jour, je pouvais renouveler cette exploration des chemins les plus mystérieux et contournés de l'âme humaine.

Alors que depuis deux mois, c'est un peu la course permanente ; non pas dans un sens se précipitation, mais plutôt d'enchaînement continu d'activités, de conférences et de soirées plus ou moins festives. Et le dogme régissant tout cela étant "premier arrivé, premier servi", il faut parfois savoir réagir vite... parce que s'accorder un délai de trois jours - voire trois semaines - pour répondre à un courriel dont l'on connaît déjà la réponse, juste histoire d'être vraiment sûr que la Seine ne va pas se mettre à grimper sur les ponts ni la Terre à flirter avec Saturne si on la livre trop tôt, c'est un luxe qu'on ne peut se permettre que lorsqu'on joue au stagiaire, lorsque se donner de l'importance est la seule chose que l'on a à faire pour s'occuper.

Et donc, je me suis trouvé un peu pris de court au début, lorsque je suis retourné sur le platâl il y a deux mois : comment était-ce possible que - pour prendre un exemple qui est arrivé très vite -, même pas une heure après l'amphi de présentation du point gamma, la moitié des bars étaient déjà en train de se mettre en place ? Mais hein qui que quoi donc, quelle est cette précipitation ? Pas de réunion longue et ennuyeuse pour ré-expliquer tous les tenants et aboutissants de l'affaire ? On ne nous laisse même pas trois jours de pondération profonde et de mesures mystiques pour décider si cette réunion devrait se faire avant ou après la pause café ? Mais comment se peut-ce ? Rendez-vous compte un peu ! Et on ne nous donne pas un délai d'au moins trois mois pour commencer à nous préparer à nous organiser ? Mais comment va-t-on faire ?!

Enfin, bref, ce fut un changement de rythme un peu brutal...

samedi 08 mai 2010

Un peu de poésie dans la vie

Il est une unité que l'on gagnerait certainement à ajouter dans le système métrique : il s'agit de l'alexandrin. Qui vaudrait, je vous le donne en mille... douze pieds (soit cent quarante quatre pouces ou quatre verges ou trois aunes ou deux toises) ! Douze pieds pointure 47, ils avaient de grands panards ces égyptiens quand même.

Cette unité offre un point de vue différent sur le monde qui nous entoure, voyez plutôt : la façade de Notre-Dame de Paris mesure un peu moins d'un sonnet de longueur. Il faut empiler six douzains, un sizain et un quintil pour se hisser au niveau du haut de la tour Eiffel ! Dans un autre registre, un stade (hellénique) mesure exactement cinquante alexandrins, ce qui commence à faire une bonne petite ballade. Enfin, ce sont des alexandrins un peu grecs puisque ce sont les pieds de Hercule qui définiraient le stade selon la légende (et il en faut six cent). Ils chaussent donc un peu plus grand que les autres : du 49 ou du 50... c'est que c'est un bon bonhomme le demi-dieu. Mais toujours est-il que l'on aperçoit un lien intéressant entre sportifs et troubadours : ceux-ci peuvent chanter le marathon (3500 vers de moins que l'Iliade, c'est presque court) et ceux-là courir la chanson de Roland (d'une longueur légèrement supérieure à 14,5 km, une bonne épreuve de course de fond).

Peut-être que les littéraires accepteraient de faire de la physique comme ça.

lundi 22 mars 2010

Chassez le naturel, il revient au galop

Il y a des jours où toutes les certitudes que vous avez sur la vie peuvent se trouver soudainement bouleversées comme une digue cède brusquement à l'assaut des vagues et des marées (comme en Charente) : vous pensiez être un adulte et fréquenter des gens tout aussi matures que vous. Hé bien non, les dérives abracadabrantesques des intrigues de séries B sont toujours à l'affût, prêtes à s'inviter à la moindre occasion là où on ne les attend pas, comme pour prouver que des péripéties ridicules, ça n'arrive pas que dans la fiction. Ce qui va suivre est fortement inspiré d'une histoire vraie - enfin, pire que vraie, vécue.

Nous avons quatre protagonistes, que je nommerai Alice, Bob, Charlie et Denis, dans un double souci d'anonymat et de simplicité. Tous les quatre sont, disons, relativement bons amis. Un jour, Bob et Charlie se disent : Hey, on s'ennuie, si on se faisait un resto ! Puis, la suite logique : Hey, si on invitait des gens avec nous ! Sachant que Bob n'apprécie pas toujours Alice, Charlie ne propose pas d'inviter cette dernière. Bob s'en fichait en fait complètement, mais comme cela lui convenait, il ne propose pas non plus de l'inviter, imaginant par ailleurs de son côté - tout aussi faussement - que sa présence pourrait méconvenir à Charlie. Ils vont donc se faire un super resto avec Denis et en sont bien contents. Lors de ce repas, au fil de la conversation, ils évoquent l'absence d'Alice, et Denis, qui n'avait jusque là pas remarqué qu'elle n'avait pas été invitée *exprès* (enfin - exprès par malentendu entre Bob et Charlie, certes, mais en relative connaissance de cause tout de même), comprend - toujours faussement, et s'imaginant des relations troubles entre Alice et Charlie, alors que les relations les plus tendues sont plutôt entre Alice et Bob - que le principal responsable dans la non invitation d'Alice est Charlie.

Voilà, le décors est planté, nous avons là deux ou trois malentendus enchaînés, et vous pouvez imaginer les problèmes qui peuvent en naître.

Le lendemain, en parlant avec Alice de la relation qu'elle entretient avec Charlie, Denis laisse échapper - un peu dans l'espoir de mieux connaître l'exacte nature de ladite relation (qu'il essaie de situer entre amitié cordiale et amour trouble) - qu'il semblait avoir compris - tout en se demandant si c'était vraiment le cas - que Charlie ne voulait pas d'elle au resto. Le drame commence : Alice se sent trahie par Charlie, lui téléphone pour lui demander ce que c'est que ce délire, ce dernier la renvoie vers Bob en lui assurant en substance que c'était plutôt lui qui n'avait pas voulu d'elle au resto ; Bob la renvoie vers Denis en déclarant qu'il disait n'importe quoi ; enfin Denis lui dit qu'il ne comprend plus rien, prévoyant la catastrophe arriver et ne voulant pas accuser faussement l'un de ses deux amis. Alice passe la soirée à déprimer et à téléphoner à Charlie et Bob pour essayer de comprendre ce qu'il s'est passé, en accentuant sur la question de principe - un peu ridicule au fond : lequel des deux ne voulait pas d'elle ? Aucun des deux ne se sent responsable, plus ou moins à raison, et par ailleurs chacun des deux, jugeant d'une part l'affaire ridicule et pensant d'autre part que c'était plutôt le fait de l'autre, essaie de le protéger en restant évasif, et de fait en se créant chacun une espèce de fausse part de responsabilité. Leur priorité est plutôt de rassurer Alice et de minimiser l'affaire (enfin, de leur point de vue, de lui rendre sa véritable dimension !) en évitant d'envenimer plus que nécessaire leurs relations avec elle. Cette dernière, cherchant mordicus la vérité, s'en trouve d'autant plus marrie et remue ciel et terre pour la trouver, ciel et terre étant ici essentiellement Bob et Charlie.

Le lendemain, Denis, ne voulant plus trop s'impliquer mais voyant que cette affaire ne s'arrange pas, essaie de contacter Bob et Charlie pour comprendre le problème. Pendant ce temps, Bob, fatigué d'être harcelé par Alice qui tient à lui faire dire que c'est lui qui ne voulait pas d'elle, et considérant que finalement, il s'en foutait de ce qu'elle pouvait penser de lui, lui balance plus ou moins ce qu'elle veut entendre en déclarant que tout était de sa faute, son but initial étant surtout d'éviter plus de troubles entre Alice et ses deux comparses. Après une première réponse de celle-ci à son message, il en a tellement marre de se prendre le chou pour un truc aussi débile qu'il s'apprête à enfoncer le clou en ajoutant quelques paroles bien senties à l'encontre d'Alice. Là dessus, Denis arrive enfin à le joindre, et commençant à comprendre ce qu'il s'est passé et les malentendus qui se sont créés ou révélés plus ou moins par sa faute, lui demande de ne pas jeter d'huile sur le feu et s'en va calmer le jeu en essayant d'expliquer à Alice la source du problème et la réelle interprétation à donner au message de Bob (qui relève donc plus du sacrifice je-m'en-foutiste que de l'auto-accusation repentante). Qu'elle comprend plus ou moins, enfin au moins consent-elle à s'excuser auprès de Bob. L'affaire semble relativement terminée, quoique tous les protagonistes n'ont peut-être pas retenu la version que je vous donne ici, ce qui peut laisser présager des résurgences à l'avenir... mais à priori c'est fini.

Et je vous assure que quand vous sortez d'un truc aussi stupide, vous avez un peu marre des gens.

dimanche 21 février 2010

Les résolutions de l'inutile

Histoire de, pour une fois, essayer de continuer une chaîne - dont vous trouverez le maillon précédent chez Pierre, je vais vous parler de trois bonnes résolutions que je me suis proposé pour la nouvelle année, qui commence à ne plus être très nouvelle maintenant, et qui ont le point commun de n'être absolument pas tenues jusqu'ici - mais j'ai encore un peu plus de dix mois pour y arriver, je ne désespère pas !

La première, c'est d'aller plus souvent sur poudlard.org ; enfin, autrement dit, y aller tout court, au moins une fois de temps en temps. Dans un élan d'enthousiasme délirant, je me suis connecté le premier janvier, le temps de me rendre compte que, quand même, ça me fatiguait d'y passer plus de dix minutes. Mais un jour, sûrement, je retrouverai le chemin. Là je suis assez confiant ; lorsque j'en aurai marre de faire des trucs idiots en javascript, j'aurai du temps à perdre le soir qui appellera bien à être comblé, par exemple grâce à PI...

La seconde, c'est de me coucher à des heures un peu décentes et de dormir plus de 7h par nuit. C'est pas encore gagné, quoique j'aie actuellement moins de scrupules à me lever plus tard, vu l'absence terrible d'activité stimulante à mon stage ; cela permet au moins d'augmenter mon temps de sommeil, mais pas exactement par le bon bout... je n'ai pas encore été assez fort dans ma tête pour me coucher avant minuit trente depuis le début de l'année.

La troisième, c'est de poster plus souvent sur ce blog. Cette résolution-là sera la plus conflictuelle entre moi-même et moi-même : par exemple, cela fait un mois que je me dis que je dois poster cette note. Donc, dans une vaine tentative de m'y faire penser, cela fait un mois que le blog de Pierre s'ouvre lorsque je lance Opera, un mois que mon premier onglet a l'icône de Blogspot et un titre commençant par "Mémoires d'un Glandeur"... et un mois que j'oublie, consciemment ou non. Cela fait encore plus longtemps que j'ai une ou deux notes en préparation, sans avoir le courage de les terminer, aussi... Enfin ! Le courage reviendra.

Et je viens maintenant au but profond de cette note, qui est de tenter de réveiller quelque autre blog : je passe la main à Mariana.

Bon, ça, ça fait un onglet de moins...

vendredi 08 janvier 2010

Où l'astrophysique rencontre la raison... enfin j'aimerais bien

Je regardais cette mignonne vidéo lorsque je me suis souvenu d'une très brève conversation que j'ai tenue avec un ami l'autre soir en regardant les étoiles (brièveté assez motivée par les températures en dessous de zéro il faut dire, malheureusement d'ailleurs pour mon esprit critique qui était alors en hibernation). Je vous la retranscris en essayant de rester fidèle aux principales paroles prononcées et aux idées qui vont avec : il me soutient que comme "l'univers s'étend de plus en plus vite", il y a actuellement des étoiles que l'on pouvait voir avant que l'on ne peut plus voir maintenant parce que la vitesse d'expansion a dépassée celle de la lumière. Devant mon scepticisme affiché, il insiste en prétendant que si, si, "les astronomes se sont rendus compte qu'il y avait des constellations qui avaient disparu" du fait de cette expansion. Restant profondément sceptique, je réponds que je n'y crois pas en l'état mais qu'il faudrait vérifier. Je viens donc de faire quelques recherches sur le sujet, et après vérification, je dois d'une part admettre qu'il avait raison parce ce qu'il dit n'est pas faux, et d'autre part juger qu'il avait complètement tort parce qu'il disait quand même prodigieusement n'importe quoi. Et si je me méfie toujours des gens qui affirment péremptoirement des faits dont il est manifeste qu'ils ne les maîtrisent pas vraiment, je m'émerveille lorsque ce qu'ils disent si mal est si proche de la vérité.

Mais faisons d'abord un rapide cours d'astrophysique pour vous aider à comprendre ce qu'est l'expansion de l'univers (vous allez voir, c'est facile). L'univers, tel qu'on le suppose[1] actuellement dans tous les modèles physiques existants, n'est pas statique, c'est à dire qu'il n'est pas fixe, qu'il bouge, qu'il évolue, par exemple qu'il change de forme. Prenons un exemple très parlant : celui du cake aux raisins. Imaginez que l'univers est un cake aux raisins entrain de cuire dans un four. Lorsqu'il cuit, le cake n'est pas statique : il gonfle (sinon vous obtiendriez à la fin un espèce d'infâme pudding étouffe-chrétien et je crois que vous n'aimeriez pas les cake). L'univers est exactement pareil : il gonfle (malheureusement pas grâce à de la levure cosmique et quelque four supra-sidéral ; ici il est plus question de forces de pression et de phénomènes mal connus qui se cachent derrière les concepts nébuleux d'énergie noire et de matière noire - mais peu importe les raisons, il gonfle). Il gonfle en permanence. Concrètement, cela signifie que si vous prenez par exemple deux étoiles de l'univers, la distance entre ces deux étoiles augmente au fil du temps. En effet, revenons à l'exemple : dans notre bel univers-cake aux raisins, imaginez que les étoiles soient les raisins, justement. Lorsque le cake gonfle, les raisins, au départ très rapprochés les uns des autres dans la pâte crue, s'écartent les uns des autres. Le phénomène est rigoureusement le même dans l'univers. Prenez deux étoiles, comme la partie d'univers qui est entre les deux gonfle au fil du temps, la distance entre ces deux étoiles augmente. Autrement dit, ces deux étoiles s'éloignent l'une de l'autre (... enfin c'est l'idée ; ce n'est pas toujours vrai mais je ne veux pas vous perdre avec des détails). Voilà ce qu'on appelle expansion de l'univers[2].

Ce qu'il faut comprendre ensuite, c'est que cette expansion se caractérise par un taux et non par une vitesse (d'ailleurs, parler de vitesse d'expansion de l'univers est à la fois un gros délire et une preuve de méconnaissance totale du phénomène). Intuitivement, l'on voudrait parler de vitesse : deux étoiles vont s'éloigner d'autant plus rapidement l'une de l'autre que l'expansion de l'univers est rapide. Il y a donc bien une idée de vitesse là derrière, mais elle est incomplète : reprenez votre cake et imaginez qu'il gonfle vraiment beaucoup pendant la cuisson dans un moule sans bords (comme ça il gonfle de tous les côtés et pas seulement vers le haut), histoire de bien voir ce qu'il se passe. Alors si vous prenez deux raisins proches au départ, il seront un peu éloignés après la cuisson, et si vous prenez deux raisins déjà éloignés au départ, ils seront vraiment très éloignés après la cuisson. Dans le même temps, les deux premiers raisins n'ont pas beaucoup bougé l'un par rapport à l'autre, donc ils ont eu une vitesse d'éloignement assez faible, alors que les deux autres raisins se sont beaucoup déplacés et ont donc eu une vitesse d'éloignement de l'un par rapport à l'autre plus importante. Autrement dit, plus deux raisins sont loin l'un de l'autre au départ, plus ils vont s'éloigner rapidement l'un de l'autre pendant la cuisson - ce qui se comprend bien puisqu'il y a alors plus de pâte entre les deux qui va gonfler. Revenons aux étoiles en appliquant l'analogie : la vitesse d'éloignement d'une étoile par rapport à une autre est proportionnelle à la distance qu'il y a entre deux étoiles. Et, comme on l'a déjà dit, elle est aussi proportionnelle à la "vitesse" d'expansion de l'univers, que l'on préfère donc appeler "taux" puisqu'il ne s'agit plus d'une vitesse à proprement parler. Finalement, pour calculer la vitesse d'éloignement d'une étoile donnée par rapport à nous, on se retrouve avec une formule du type v = H d, où v est la vitesse d'éloignement, d la distance entre nous et l'étoile en question, et H le taux d'expansion de l'univers[3], dont l'on connait la valeur par des mesures expérimentales. Lorsque l'on dit que l'expansion de l'univers est de plus en plus rapide, cela signifie concrètement que ce taux d'expansion H augmente au fil du temps, ce qui est effectivement vrai (rassurez-vous ! c'est vrai uniquement à des échelles de temps de l'ordre du million, voire du milliard d'années, je pense).

Revenons maintenant aux questions posées par les affirmations de l'ami: la vitesse d'expansion de l'univers est-elle supérieure à celle de la lumière, et qu'est-ce cela peut changer pour l'observation de l'univers ? Bon, maintenant, vous savez que ce que je viens de dire manque de sens ; il faudrait plutôt se demander si le taux d'expansion de l'univers est tel que la vitesse d'éloignement de certains astres[4] par rapport à nous est supérieure à celle de la lumière. À cette simple question, la réponse est oui ; on aurait pu d'ailleurs s'en douter, puisqu'il suffit qu'ils soient assez éloignés pour que ces astres aillent assez vite. En connaissant H (de l'ordre de 70 km/s par mégaparsec ; si vous ne comprenez pas ce que je viens d'écrire, ce n'est pas grave) et la vitesse de la lumière, on peut d'ailleurs calculer très facilement la distance minimale nécessaire : environ (en très, très gros) 15 milliards d'années-lumières (si je ne fais pas d'erreur : je suis malheureusement loin de m'y connaître vraiment en astrophysique, les maths sont tellement plus drôles). Ainsi, la lumière envoyée en cet instant par toutes les étoiles qui sont à une distance supérieure à environ 15 milliards d'années-lumières de notre Terre ne nous parviendra jamais, du fait de l'expansion de l'univers qui "allonge" sans cesse le chemin à parcourir pour la lumière, et l'allonge trop.

Donc si je me tiens à l'honnêteté intellectuelle pure, l'ami pourrait avoir eu raison : dans l'absolu, ce qu'il disait n'est pas faux. Concrètement, on peut imaginer qu'il y ait des étoiles qui aient un jour émis de la lumière qui nous parvient, et qui émettent maintenant de la lumière qui ne nous parviendra plus soit parce qu'elles sont devenues trop éloignées, soit parce que le taux d'expansion est devenu trop important. Elles devraient donc s'éteindre un jour des télescopes des astronomes.

En pratique, on aurait plutôt tendance à dire qu'il avait tort. D'abord parce qu'une fois le calcul fait, on se dit que 15 milliards d'années-lumière, c'est quand même beaucoup. En fait, il n'y a que très peu d'objets que l'on arrive à observer à cette distance, en partie parce que c'est très loin donc on ne peut voir que des astres extrêmement lumineux, et en partie parce que cela correspond aussi à la limite de l'univers observable définie cette fois par un phénomène plus simple, l'âge de l'univers[5]. Donc si des astres ont effectivement "disparu" des télescopes pour une telle raison, ce sont de toutes les façons des astres qu'on a déjà un peu de mal à observer ; et ensuite, ce ne sont sûrement pas des "constellations", mais des astres isolés que seuls les astronautes chevronnés peuvent observer (et ils n'ont pas pour habitude de rassembler leurs observations en constellations...). Mais d'ailleurs, de ses paroles et des idées qui en ressortaient - relisez-les, vous pouvez maintenant le juger avec moi - me semblent plus se dégager une méconnaissance plutôt importante du phénomène, et éventuellement quelques confusions, qu'une réelle compréhension, c'était d'ailleurs ce qui avait essentiellement causé mon scepticisme.

Je jugeais donc qu'il avait tort parce qu'il venait m'affirmer presque mordicus bien que de façon floue quelque chose qu'il ne maîtrisait manifestement pas. Et pourtant, la vérité ne se cachait pas loin (soit dans les faits, soit dans ses propos : je n'ai pas réussi à déterminer s'il y a effectivement des astres qui ont disparu des télescopes des astronautes du fait de l'expansion de l'univers, même si j'en doute). J'admire parfois beaucoup les gens qui peuvent énoncer de façon si peu pertinente des faits si proches de la réalité. Il faut être courageux pour mettre en jeu de la sorte un peu de sa crédibilité dans l'espoir de gagner un peu d'assurance. Je n'y arrive pas souvent, personnellement. Ce qui fait que les adverbes "relativement", "plus ou moins", "peut-être" et consœurs sont mes meilleurs amis ; ce n'est pas toujours plus agréable...

Notes

[1] C'est une supposition stricto sensu, comme toutes les modélisations, mais autant dire que c'est une vérité : le côté non statique de l'univers est prévu par les équations de la relativité générale formulées par Einstein en 1915, et jamais remises sérieusement en question depuis ; autrement dit un roc plus que solide jusqu'à présent

[2] Qui est donc responsable de la formule un peu énigmatique pour le profane mais que vous pouvez comprendre maintenant : "les galaxies s'éloignent toutes les unes des autres".

[3] Le paramètre H est aussi appelé constante de Hubble, ce qui est plutôt mal nommé puisqu'il ne s'avère pas constant par rapport au temps ! Mais je crois qu'on ne le savait pas lorsqu'on l'a nommée ainsi. Ou sinon, c'est juste pour mettre en avant son côté constant dans tout l'univers à un instant donné.

[4] En fait des galaxies, plutôt que des étoiles. L'expansion de l'univers se fait sentir à des échelles qui mettent en jeu les galaxies bien plus que les étoiles ; mais j'ai utilisé le terme étoile parce qu'il fait parfois moins peur aux gens... et pour retrouver mon propos initial d'observation d'étoiles où l'on parle d'étoile comme point lumineux dans le ciel (qui peut potentiellement être aussi bien une étoile qu'une galaxie donc) et pas comme astre.

[5] Qui est d'environ 15 milliards d'années ; la lumière voyageant à la vitesse d'une année-lumière par an par définition, cela signifie qu'on ne peut rien observer de plus loin qu'environ 15 milliards d'années-lumière puisqu'aucune lumière émise par un éventuel objet plus lointain n'a eu encore le temps de nous atteindre. Que l'on retrouve 15 milliards d'années-lumières dans les deux cas relève plus de la coïncidence que d'une quelconque signification mystique, surtout vu les approximations que j'ai employées dans les calculs : les valeurs sont précises à 30% près.

dimanche 11 octobre 2009

Impressions militaires 3 : ce qu'il reste

Que reste-t-il ? J'ai encore l'impression d'avoir toujours faim. J'essaie de ne pas grignoter tout le temps. Mais plus généralement, ce qu'il reste, c'est le réflexe de préservation (… ou de vol) de ce qui passe à portée et qui pourrait être utile ; je m'explique : il y a un concept assez présent à l'armée, c'est de ne rien jeter, surtout en ce qui concerne la bouffe. Ça se comprend beaucoup pendant les bivouacs ; on ne jette pas ce qu'il reste des rations si on a plus faim, on les garde pour plus tard ou on les donne aux autres, de toutes les façons, ça servira. On l'étend facilement à la vie habituelle dans le camp, pas dans le sens où l'on ne jette rien mais dans le sens où l'on garde ce qu'on peut pour plus tard, si nécessaire (on a facilement des miches de pain qui trainent dans les poches, par exemple, soit parce qu'on a pas le temps de les manger pendant le repas, soit parce qu'on prévoit une activité physique et qu'elles seront de fait secourables si on a plus de barres de céréales). En déchargeant un camion où les stocks de l'ordinaire avaient été mis par erreur, par exemple, à la fin du séjour, on a eu l'occasion de se servir assez largement en petites barquettes de nutella (on a pas pris tout un carton, c'est trop pénible à planquer dans une chambre pour même pas un jour, mais la tentation était forte). Ou en rangeant le reste du barbecue, on a facilement pu détourner un carton de paquets de chips, etc. En fait, cela devient surtout une notion, d'une part, de garder tout ce qui peut être pris, et d'autre part, de se servir assez librement là où l'on ne se fait pas voir (et là où on ne peine pas trop les gens ; le reste du barbecue n'aurait servi à personne... on serait pas aller piquer les rations des autres gens non plus). Le dernier matin, en prenant au passage des boîtes de cirage qui trainaient dans un carton, on s'est demandé si on poussait pas la logique un peu loin... voler du cirage juste parce que c'est possible c'est un peu idiot quoi (en l'occurrence, ma boîte de cirage était presque vide, donc ça pouvait se justifier... plus ou moins).

Cette logique peut s'étendre au delà de la bouffe, à tout l'équipement militaire. Il se trouve, si je comprends bien le système, que les militaires paient eux-même tout ou partie de leur équipement (enfin ils perçoivent probablement un équipement de base sans rien débourser, mais ça s'arrête peut-être là). Si l'on perd quelque chose, il faut faire une déclaration à la hiérarchie et tout, c'est soulant. Donc la pratique, parfois, est simplement d'aller se servir chez les autres. Je suppose qu'entre les vrais militaires, les gens ne passent pas leur temps à se voler les uns les autres ; mais dans le camp, c'est arrivé d'aller, par exemple, trouver discrètement dans une autre compagnie une gourde perdue (s'en suit un espèce de jeu de chaises musicales qui prend fin à la réintégration du matériel, à la fin...). Là ça devient déjà plus discutable... mais bon, les cadres encourageaient le système. C'est à la fois drôle et décevant. Il n'empêche qu'à chaque fois qu'on laissait des sacs quelque part, pendant les bivouacs par exemple, on laissait toujours quelqu'un pour les surveiller, au cas où.

Non enfin rassurez-vous, on ne perd pas toute lucidité non plus, toute la promo n'est pas devenu un ramassis de voleurs ; tout d'abord, il y en a heureusement qui refusent la pratique et qui assument de perdre leurs trucs, et ensuite, ça se limite strictement à l'équipement militaire qui doit être rendu à la fin. J'ai perdu des trucs qui n'étaient pas à rendre, je ne suis pas allé les récupérer en douce autre part, personnellement... et je ne sais pas ce que j'aurais fait si j'avais perdu du matos à rendre.

Quoi d'autre ? J'ai appris qu'à peu près tout le monde chantait plutôt mal, sauf à plus de cinq ou six. J'essaie de garder l'habitude de faire du sport, et plus généralement de prendre mieux soin de moi (ce qui est quand même une partie de l'esprit des règles militaires, rendons-leur au moins cela). J'essaie aussi d'être parfois plus responsable et volontaire, mais j'aurais du mal à dire si c'est l'esprit militaire qui a véhiculé ça, ou si c'est juste une résolution que j'aurais faite plus ou moins inconsciemment suite à l'intégration en école.

Et quoi encore ? Le mode de vie militaire ne m'avait pas particulièrement dérangé, ni sur le coup, ni après coup ; si on me disait d'y retourner, je le ferais. Mais au bout de deux semaines de civil, je ne le regrette quand même pas.

Et quoi surtout ? L'impression globale qu'il me reste, c'est celle d'un tourbillon de gens nouveaux, ou de gens anciens retrouvés (notamment des amis de sup'), voire de gens anciens que je vois autrement. Et un tourbillon de découvertes. Tout va très vite, on découvre plein de choses en très peu de temps, et l'on partage un tissu très dense d'expériences assez riches avec ces nouveaux camarades, puis on les quitte aussi rapidement et on en retrouve d'autres (à l'ENSOP). Tout va très, très vite, tout tourbillonne sans cesse autour de soi, c'est assez... prenant. On s'investit beaucoup. Mais après coup, je me sens parfois un tout petit peu désorienté par ces changements de rythme assez brutaux. Entre autres nouveautés.

samedi 10 octobre 2009

Impressions militaires 2 : FMI

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Le second billet de la série, qui évoque les trois semaines de Formation Militaire Initiale (FMI) à La Courtine. Vous retrouverez toujours surtout mes impressions plus que des anecdotes précises et chronologiquement ordonnées, et encore une fois, aurez de nombreuses explications dans les notes de bas de page.

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mercredi 07 octobre 2009

Impressions militaires 1 : Incorpo

Premier billet d'une série de trois. Vous y trouverez de nombreuses notes de bas de page. Vous les consulterez probablement avec profit, elles contiennent les explications des nombreux mots d'argot militaire ou polytechnicien que j'emploierai, qui, bien qu'ils rendent mon propos légèrement ésotérique, vous mettront mieux dans l'ambiance.

Je vous rappelle que j'ai surtout essayé ici de retranscrire le plus fidèlement possible des notes que j'avais prises plus ou moins à chaud sur mes impressions lors de ce premier mois de stage à l'X. Elles peuvent être plus ou moins biaisées, relativement éloignées de la réalité effective, ou assez incomplètes. Il ne s'agit aucunement d'un récit du mois. Vous trouverez un peu plus de recul dans les notes de bas de page, en revanche.

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samedi 03 octobre 2009

Le programme du mois

Il apparaît que j'aurai bientôt enfin quelque temps libre chaque soir - si toutefois je ne le passe pas à jouer au tarot ou a la coinche, occupation fétiche depuis quelques semaines. Malgré une relative absence de connexion internet pratique à l'ENSOP, j'ai quand même un certain nombre de projets concernant ce blog et le site shkdee.info en globalité, dont je vais faire une rapide liste ici, en partie pour mémoire, en partie pour me donner la motivation de les mener à bien, en partie pour vous en avertir, vous lecteurs, parce que certains vous concernent :

  • Faire un (long) billet pour raconter l'incorpo et la FMI. Ou, plus exactement, pour retranscrire les quelques feuillets où j'avais tenté d'écrire à intervalles plus ou moins réguliers mes impressions et mes sentiments lors de ce mois assez riche en nouveautés. En essayant de minimiser, ou mieux d'expliciter la plupart des formules sibyllines qui caractérisent pour l'instant une bonne partie de ces notes
  • Faire un ou deux autres billets plus ou moins rattachés à ces notes, parler de mes états d'âme
  • Achever le design que j'avais initialement prévu pour ce blog, voire l'harmoniser avec le reste du site (qui est pour l'instant plutôt inutile et inutilisé, certes, mais c'est pour le plaisir)
  • Faire mes comptes (oui, bon...)
  • Programmer une fourmilière (Ôo) (en voilà une idée qu'elle est bonne ; l'idée est de programmer l'intelligence réduite d'une fourmi et d'en mettre plein ensemble qui interagissent en même temps pour voir ce qu'il se passe. C'est plus la partie "en mettre plein ensemble" que la partie "intelligence réduite d'une fourmi" qui m'intéresse au demeurant, donc l'intelligence devrait être vraiment, vraiment réduite, voire inexistante). J'en parle ici parce qu'évidemment, je ne pourrai pas résister au plaisir de faire ça en javascript, donc visible sur internet, bref, ce sera un truc comme le bac à sable
  • Allez, et bosser un peu sur la v3 (?)

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